Avec ses peintures et compositions aux couleurs douces, Sara Khan dévoile sa vision de la vie ordinaire, en faisant ressortir la beauté de ces moments et espaces du quotidien. D’origine pakistanaise et résidant à Vancouver, elle tire son inspiration de ses observations tout en les combinant avec son histoire personnelle.
My Village par Sara Kahn, via son site internet.
Ses peintures colorées présentant parfois des détails troublants sont le reflet de sa fascination pour la perspective et la représentation. Depuis le début de sa carrière en 2008, les œuvres de Sarah Khan ont déjà fait l’objet de plusieurs expositions nationales et internationales.
Œuvre de Sara Kahn, via son site internet.
Matérialiser les points d’interrogation
Des sujets communs pour des peintures complexes
Avec ses peintures surprenantes, Sara Khan remet en question la normalité, en creusant des sujets jugés comme banals, presque enfantins. Elle s’interroge par exemple sur la fécondation entre humains et ce processus si commun pouvant créer un autre être humain. Elle définit sa pensée sur son site internet comme “transformer la femme en un monticule de terre dans lequel un humain germe comme une plante d’une graine, et défigurer ainsi la femme aux limites du possible.” C’est en traitant ces observations qu’elle tire son inspiration, tout en observant le monde qui l’entoure. Elle l’explique lors d’une interview pour Sad Mag : “C’est surtout les interactions que je vois entre les gens, mais la plupart du temps c’est aussi de la fiction. Quand je lis, je vois comment cela se connecte avec moi, puis je trouve un visuel pour cela.”
Recycled par Sara Kahn, via son site internet.
Des réponses plus ou moins concrètes
Son processus technique consiste à disposer des couches d’aquarelles, tout en prononçant certaines zones de la toile. “Je laisse quelques questions au hasard, réponds plus définitivement aux autres, oscillant entre retenue et spontanéité complète. L’idée est de développer un espace ou un paysage avec les deux extrêmes ; l’horreur et le fantastique, coexistant pour former une image complète (…) une danse subtile entre le est-ce et n’est-ce pas” explique-t-elle sur son site internet. Ses observations sont ainsi mêlées avec des récits personnels, de la politique culturelle et une dynamique sexuelle.
A village left behind par Sara Kahn, via son site internet.
Son parcours artistique
Des études poussées
Sara Khan a vécu dans plusieurs pays très tôt, passant de Birmingham en Angleterre, son lieu de naissance, à Lahore, ville Pakistanaise où elle a grandi. Elle obtient en 2088, un BFA (bachelor of Fine Arts) au National College of Arts de Lahore, avec le soutien de ses proches : “comme tous les enfants que j’aimais dessiner et peindre et heureusement tout le monde autour de moi, en particulier mes parents étaient très encourageants, ils m’ont poussé à aller à l’école d’art pour le premier cycle et à poursuivre une carrière dans les arts.” explique-t-elle lors d’une interview pour girl club asia.
Those who came before us par Sara Kahn, via son site internet.
Le début de sa carrière artistique
Durant sa remise de diplôme, le conservateur d’une galerie à Karachi remarque ses travaux et achètent deux tableaux. Sara Khan le recontacte après des années de travail, et est exposée dans sa galerie. Ce point de départ lui permet d’exposer ensuite dans tout le Pakistan puis à Vancouver, sa nouvelle ville de résidence après son mariage. Elle est sélectionnée par la suite dans des organisations internationales, dont pour le Bag Art camp en 2012, une résidence internationale d’art à Bergen en Norvège, avec 13 autres artistes internationaux. Mais aussi pour l’édition 2018 du Vancouver Mural Festival, avec 23 autres artistes. Depuis elle expose régulièrement ses travaux dans des expositions personnelles et collectives.
Father par Sara Kahn, via son site internet.
Suivez toute l’actualité de Sara Kahn sur son site internet.
Artiste polymorphe, Sabine transforme des déchets récoltés sur la plage en véritable œuvre d’art. Sur différents supports, elle décline ses œuvres, en quête de ralentissement et de reconnexion avec le monde naturel.
Sabine Timm-Gnoth. Créatrice polymorphe, photographe et illustratrice, transforme les objets du quotidien en véritables œuvres d’art. Sur son compte Instagram, @virgin_honey, suivi par des milliers d’abonnés, elle partage son univers poétique et ludique. “Les petites choses de la vie ne peuvent pas être considérées comme acquises. C’est pourquoi j’ai imaginé tous les moments merveilleux qui sont souvent inaperçus ! ” affirme t-elle.
Une atypique approche artistique
Sabine Timm-Gnoth se distingue par son aptitude à déceler la beauté dans les choses les plus simples : bouts de bois, morceaux de plastique rejetés par la mer, jouets abandonnés ou encore ustensiles trouvés en brocante. Ces objets, qui pourraient passer inaperçus, deviennent entre ses mains des personnages vivants ou des scènes miniatures empreintes de nostalgie et d’humour. Elle a cette capacité rare à faire sourire à travers des compositions simples mais puissantes.
Diplômée de la célèbre Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf, Sabine a su faire évoluer son style, en s’appuyant sur une solide formation tout en restant fidèle à ses racines artistiques. Son atelier, est un véritable cabinet de curiosités où chaque objet raconte une histoire.
Une poésie visuelle au service du partage
Les scènes créées par Sabine Timm-Gnoth sont souvent le reflet d’une société en quête de ralentissement et de reconnexion avec le monde naturel. Ses compositions minimalistes semblent inviter le spectateur à prendre une pause. A réfléchir sur les objets qui nous entourent et sur la manière dont ils peuvent être réinventés. Que ce soit un morceau de pain transformé en visage joyeux ou un écusson d’épingle devenant une sculpture à part entière, chaque publication est une étincelle de joie partagée par ses abonnés.
De l’atelier à la littérature jeunesse
Outre ses œuvres photographiques et installations, Sabine Timm-Gnoth s’illustre également dans la littérature jeunesse. Elle a notamment collaboré avec les éditeurs Jamie Michalak ethippoparkbooks pour son livre “COME ON IN.” Son travail résonne à travers ses illustrations colorées et décalées. “C’est devenu l’un des livres préférés de ma fille de 10 mois ! Elle est captivée du début à la fin. Design de génie ! Ça crée de merveilleux souvenirs avec notre petite fille” affirme Julia, mère d’une petite fille australienne. Sabine vend aussi des T-shirt en collaboration avec everpresshq. Ces derniers arborent les dessins tout droit venus de son cahier à croquis. Un art décliné sur divers supports qui permet de profiter autrement de son talent et de sa vision du monde.
Une artiste appréciée
En réutilisant des matériaux déjà existants, elle nous rappelle l’importance de donner une seconde vie à nos objets.
Pour ses fans, Sabine est une source constante d’inspiration. Ils saluent son talent à injecter de la magie dans l’ordinaire. Comme le souligne l’un de ses abonnés : “Regarder ses créations, c’est comme ouvrir une fenêtre sur un monde où tout est possible.” L’artiste nous montre qu’il est possible de transformer le banal en merveilleux. Un rappel bienvenue “dans un monde souvent trop pressé pour prêter attention aux détails” – Sabine Timm-Gnoth
Et si vous souhaitez découvrir ou redécouvrir son travail, rendez-vous sur son compte Instagram ou sur son site.
L’artiste congolais Chéri Samba né en 1956, mêle peinture et texte pour dénoncer les injustices sociales et politiques. Son œuvre, un reflet de la société congolaise, fait rayonner l’art africain à l’international.
Chéri Samba, né en 1956 à Kinto M’Vuila, au cœur de la République Démocratique du Congo. Il est l’un des artistes contemporains africains les plus emblématiques. Fils d’un forgeron et d’un cultivateur, il se lance dans la peinture après avoir quitté son village natal à l’âge de 16 ans pour Kinshasa. Là, il se forme comme peintre d’enseignes et devient rapidement un acteur central de la scène artistique congolaise. Ce n’est que plus tard qu’il se distingue en créant son propre style, la ou peinture figurative se mêle à des messages critiques et sociaux.
“L’art doit être engagé, il doit interpeller”, confie-t-il. C’est ainsi qu’il commence à intégrer des textes dans ses œuvres, une particularité qui le distingue. En ajoutant des phrases dans ses tableaux, Samba cherche à susciter une interaction directe avec le spectateur. A provoquer une réflexion. Les messages sont souvent directs. Parfois ironiques, toujours percutants.
L’influence de la culture congolaise et de son environnement
Le mensonge des riches
L’un des aspects essentiels de l’art de Chéri Samba réside dans son enracinement dans la culture congolaise et dans les réalités sociales de son époque. L’artiste s’inspire de l’urbanisation rapide de Kinshasa, de la politique du pays et des bouleversements sociaux. La musique, les danses et les affiches populaires qui peuplent la ville sont des éléments clés dans son travail. “Le Congo est une source d’inspiration sans fin. Le bruit, la couleur, les sons de la rue… tout cela nourrit ma peinture.” Des œuvres comme “Le mensonge des riches” mettent en lumière ces influences. Elles abordent des thèmes politiques, sociaux, mais aussi économiques, avec une clarté saisissante. Les personnages de ses toiles, souvent issus de la rue, sont présentés dans des scènes de la vie quotidienne, mais leur existence est marquée par les luttes de pouvoir et les injustices sociales.
Les mots dans la peinture
Ses œuvres sont un moyen de communiquer des messages puissants à la population : “Quand les gens regardent mes peintures, ils s’arrêtent souvent pour lire les textes. C’est ma façon de les faire réfléchir, de les pousser à remettre en question le monde qui les entoure.”
La balkanisation des pays d’Afrique
Elles sont un miroir de la société congolaise. Il s’intéresse particulièrement à la vie quotidienne, en abordant des thèmes comme les relations de pouvoir, les inégalités sociales, la corruption ou encore la condition des femmes. Ses peintures sont une forme de journal visuel, où il raconte des histoires de son pays et du monde à travers des scènes de la vie de tous les jours.
Ses toiles, souvent éclatantes de couleur, sont l’occasion de dénoncer tout en célébrant l’Afrique dans toute sa diversité. “Les couleurs sont essentielles. Elles apportent de la vie à l’œuvre, elles donnent de l’énergie. Elles racontent aussi une histoire”
Le processus artistique
La méthode belge pour connaitre l’âge
Le sida
Le processus de création de Chéri Samba est ancré dans une pratique profondément personnelle mais aussi sociale. “Je commence toujours par observer,” dit-il. L’artiste passe beaucoup de temps à arpenter les rues de Kinshasa, s’imprégnant de la réalité urbaine, des conversations et des slogans politiques. Ces éléments nourrissent ses toiles, dans un processus d’accumulation d’idées qu’il transforme ensuite en peintures.
Chéri Samba utilise principalement des peintures acryliques et des collages pour ses œuvres. Les couleurs vives et les superpositions de textes créent une dimension presque tactile de ses créations, à la fois visuelle et narrative. Il considère ses œuvres comme des journaux visuels. Chaque tableau raconte une histoire. Chaque couleur une émotion. Chaque texte un message.
Reconnaissance internationale
Les tours de Babel dans le monde
L’historien de l’art André Magnin, explique: “Chéri Samba n’est pas seulement un peintre, c’est un conteur. Ses toiles sont des fenêtres ouvertes sur l’âme du Congo. Il capte la vie dans toute sa complexité”.
L’artiste, connaît un succès international après avoir participé à l’exposition Les Magiciens de la Terre au Centre Pompidou à Paris en 1989. Cet événement, qui a rassemblé des artistes du monde entier, a marqué un tournant dans sa carrière. Ses œuvres sont désormais présentes dans les plus grandes institutions muséales, telles que le MoMA de New York et le Centre Pompidou de Paris. Son travail, empreint d’une forte dimension sociale, est également un moyen de dénoncer les inégalités, qu’elles soient politiques, économiques ou sociales. “L’art est mon arme pour combattre l’injustice.” – Chéri Samba
Retrouvez toutes les autres œuvres de Chéri Samba sur ses sites et réseaux sociaux :
Le camouflage des navires est une technique de tromperie militaire qui a été utilisée à la fin de la Première et durant la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs types de camouflages ont été expérimentés à cette époque. Parmi ces différentes techniques, telles que les différentes mesures du camouflage (Measure System) de l’US Navy, l’une d’entre elles est devenue une technique artistique importante et impactante dans le monde. Focus sur le Camouflage Dazzle.
Origine historique du Dazzle, l’art de la guerre
Norman Wilkinson, peintre de métier et lieutenant réserviste dans la Royal Navy durant la Première Guerre mondiale, est affecté en 1917 à des missions de patrouille anti-sous-marine et de déminage pendant la bataille de l’Atlantique, où il prend conscience de la destruction massive des navires par les U-boot allemands. Norman Wilkinson comprend alors que les navires, à l’instar des autres armements, ne peuvent se fondre dans l’espace. Par conséquent, il ne faut pas chercher à les rendre invisible, mais il faut chercher un moyen pour les rendre moins vulnérables. Pour répondre à cette problématique, Norman Wilkinson développe le camouflage Dazzle, une technique de camouflage reposant sur un motif formé d’un labyrinthe de lignes obliques irrégulières et de couleurs très contrastées, comme une peinture du mouvement Cubisme.
Cette technique de peinture vise donc à compliquer l’identification du type du navire, l’estimation de sa vitesse et de sa trajectoire. Elle repose sur la perturbation de l’utilisation des télémètres, outils essentiels aux artilleurs marins pour ajuster leur tir, car l’observateur éprouve alors des difficultés à distinguer la proue de la poupe et à déterminer si le navire avance ou recule.
Dès lors, de nombreuses adaptations vont être créées, avec des couleurs adaptées aux opérations spécifiques et aux environnement. Le Western Approaches Scheme, par exemple, utilisait une palette de bleu pâle et de blanc pour les navires opérant dans l’Atlantique Nord afin de se fondre avec le ciel et la mer.
L’héritage du Camouflage Dazzle
Le camouflage Dazzle a laissé derrière lui une empreinte marquante, bien différente de son origine militaire. Son esthétique audacieuse et ses motifs géométriques ont inspiré de nombreux artistes, designers et créateurs dans divers domaines. En voici une liste non exhaustive d’exemples de cette descendance.
Mode
Dans sa collection printemps/été 2009, Alexander McQueen a présenté des robes avec des motifs en noir et blanc tout en jouant sur les illusions d’optique et les formes géométriques. Vivienne Westwood a quant à elle incorporé des éléments du Dazzle dans ses motifs punk et anarchiques, notamment dans sa ligne Anglomania, où les imprimés géométriques disruptifs rappelaient l’esthétique militaire du Dazzle. Enfin, Kenzo, en 2021, proposait dans sa collection automne/hiver des imprimés linéaires noirs et blancs entremêlés. Ces différentes techniques font toutes écho au camouflage de Norman Wilkinson.
Alexander McQueen – Collection printemps/été 2009
Vivienne Westwood – Anglomania
Kenzo – Collection automne/hiver 2021
Design automobile
En termes de design automobile, de nombreux constructeurs comme BMW, Audi, Bugatti ou Land Rover utilisent aujourd’hui des motifs Dazzle pour camoufler les nouvelles voitures en phase de test, afin d’empêcher les photographes de distinguer les structures des véhicules avant leur sortie officielle.
Culture pop, musique
Côté culture pop, l’album “Dazzle Ships” du groupe Orchestral Manoeuvres in the Dark (OMD), sorti en 1983, rend hommage aux Dazzle Ships de guerre.
Art et expositions
Enfin, concernant l’art au sens littéral du terme, le motif Dazzle inspire d’abord l’Op Art, avec les illusions d’optiques créées par des motifs contrastés en noir et blanc, dans les années 1920, notamment par Kandinsky.
De plus, de nombreux artistes se sont inspirés du travail de Norman Wilkinson pour créer des œuvres artistes en rapport avec l’Histoire militaire. En 2014, l’artiste Rehberger organise Dazzle Ship London, une installation d’un navire peint entièrement en Dazzle sur la Tamise pour commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale.
De même, en 2018, l’artiste Tauba Auerbach transforme un bateau-pompe de New York avec le camouflage bien connu, adapté cette fois-ci aux mouvements de l’eau.
Finalement, nous comprenons que cette technique, à l’initiative d’une tactique militaire, a révolutionné l’histoire de l’art et du monde dans son entièreté, partant de navires de guerre aux radars automatiques de nos routes. Si cet article vous a plu, vous pouvez jeter un œil sur ces différents articles mêlant art et guerre, notamment sur le travail de Yulia Tverintina ainsi que sur celui de War !
Emmanuelle Valleran est illustratrice, auteure et professeure agrégée en design et en métiers d’art à l’École Nationale Supérieure d’Arts Appliqués et des Métiers d’Art Olivier de Serres, où elle enseigne le projet en design d’espace ainsi que la pratique plastique. Titulaire d’un Diplôme Supérieur des Arts Appliqués en Architecture intérieure et création de modèles, qu’elle a étudié à l’École Boulle de Paris, Emmanuelle a développé dans ses œuvres un parc animalier hors norme qui appelle à l’imagination, à travers divers styles artistiques.
Les animaux, symboles de puissance
L’artiste Emmanuelle Valleran a récemment partagé plusieurs séries d’œuvres où l’acteur principal est un animal. Sa série la plus récente rassemble un ensemble d’illustrations représentant des chevaux dans un univers onirique. L’absence d’un décor, marqué avec un fond sombre et diffus, concentre l’attention sur les protagonistes et suggère une suspension hors du temps.
Les crayons de couleur sont utilisés pour créer une douceur notamment dans le rendu du pelage du cheval et des différentes textures. Le contraste entre la clarté du cheval et la profondeur du fond crée un effet de lumière qui donne une dimension éthérée à l’image.
La connexion entre la femme et le félin
Une seconde série d’œuvres, présentée pour les visuels de l’album Melanconia felice du groupe Sunshade, dont elle est proche, présente le félin majestueux et le lien entre l’humain et l’animal. Le léopard, élément central de ces œuvres, déjà visuellement élégant, s’accorde avec une femme pour présenter la beauté féminine, la beauté féline, la beauté sauvage. Le léopard dans l’art symbolise souvent la puissance, le mystère et l’instinct sauvage, mais peut aussi représenter la protection, la dualité entre force et douceur et la tension qui émane de cette dualité.
Le lien entre l’humain et l’animal chez Emmanuelle Valleran est incontestablement l’un des sujets phares de l’artiste qui présente une connexion primordiale, d’instinct et de protection reflétant à la fois la fascination et l’intimité que l’humanité entretient avec le règne animal. La femme ici ne craint pas l’animal, qui semble domestiqué, et les deux semblent même fusionner pour ne faire qu’une seule entité.
Dans les deux versions, l’utilisation de couleurs chaudes et saturées dans une palette chaude, jaune-rouge-rose, et l’utilisation unique de la couleur rouge créent une ambiance surréaliste et vibrante. De plus, les couleurs saturées, les effets de texture et de flou amplifient l’idée d’un univers intermédiaire entre réalité et imagination, entre le monde réel et un monde onirique.
L’ode au cinéma
Une troisième série d’œuvres marquantes de l’artiste se nomme Avventura a Capri, qui présente différents personnages lors d’une croisière en Italie. Ici, les œuvres font écho au cinéma d’époque, l’œuvre rend hommage au cinéma italien, et plus précisément à un film intitulé Avventura a Capri, réalisé par Giuseppe Lipartiti en 1958.
L’iconographie rappelle les films de la Dolce Vita inspirés par le film de Federico Fellini, avec élégance et ambiance paisible sur fond de mer méditerranéenne. Les scènes évoquent une certaine mélancolie ou nostalgie de vacances d’été.
La palette de couleurs franches (jaune, bleu, violet) de pastels saturés fige les illustrations entre intensité et douceur. Les traits sont précis et texturés, ce qui affirme le côté manuel à l’instar de l’image lisse et numérique. Le fond simplifié permet de focaliser sur les personnages, tout en évoquant une ambiance estivale et cinématographique.
Clip réalisé par Emmanuelle Valleran pour le groupe Sunshade : “Voyage fantasmé dans une Italie pop cinématographique.”
Emma Valleran développe une esthétique singulière qui fusionne réalisme, onirisme et travail minutieux des crayons de couleur. Si son travail vous intéresse, vous pouvez retrouver ses œuvres sur son compte Instagram. Si cet article vous a plu, nous vous conseillons de lire notre article sur Eva Halfers, artiste qui met en avant la beauté des paysages urbains quotidiens par des couleurs vives et une fusion harmonieuse.
Une main pour déplacer un élément, une poubelle pour jeter des fichiers, un pot de peinture pour colorier, le travail de Susan Kare représente, semblerait-il, le langage le plus universel que nous connaissions à l’heure actuelle : les icônes informatiques. Au sein de l’enseigne mondiale Apple, elle a créé un moyen de rendre des fonctions complexes en visuels compréhensifs pour tous. Voici Susan Kare, l’une des pionnières du Pixel Art et précurseuse des émojis.
Née le 5 février 1954 à Ithaca, dans l’État de New York, Susan Kare a grandi dans une famille passionnée d’art. En 1978, elle est diplômée d’un doctorat en beaux-arts à l’Université de New York et commence sa carrière en travaillant au musée des Beaux-Arts de San Francisco.
Visuel par Anastasia Prokhorova
Son arrivée dans l’entreprise de Steve Jobs, Apple
Dès 1982, Andy Hertzfeld, ingénieur chez Apple, lui propose un poste de designer graphique pour le Macintosh, l’ancêtre du iMAc, et ce bien qu’elle n’ait aucune expérience en informatique. Elle va alors participer à l’élaboration de Design d’icônes grâce à ses compétences artistiques, et dessine ses premières icônes sur un bloc-notes à petits carreaux. Susan devient en janvier 1983 “Macintosh Artist” pour l’entreprise de Steve Jobs.
Il se trouve que je disposais de petites grilles en noir et blanc pour travailler. Cela me rappelait le travail du point de croix, des motifs de tricot ou des mosaïques. J’ai eu la chance d’avoir une mère qui aimait les travaux manuels.— Susan Kare, entretien avec le Smithsonian Magazine (2019)
Sa mission : humaniser l’informatique
Chargée de créer des icônes et des polices de caractères pour le Macintosh, elle poursuit ses productions avec une idée générale : “ta mère doit pouvoir l’utiliser”. Sa mission au sein de l’entreprise est donc de rendre accessible l’informatique puisque en effet, à cette époque, l’informatique, c’est avant tout des lignes de codes que seuls les plus renseignés peuvent comprendre. L’artiste se lance alors dans une fulgurante aventure avec pour objectif de faire passer un message à travers seulement une icône.
Ainsi, Susan créée ces images que l’on connaît tous : une main pour déplacer un élément, un lasso pour détourer, une disquette pour enregistrer, une bombe lorsqu’il y a une erreur (évidemment, dans le principe que les internautes ne la verraient jamais puisqu’il ne devrait jamais y avoir d’erreurs.)… L’artiste crée à travers son art un réel langage universel, précurseur des émojis que nous utilisons au quotidien.
Dans son parcours, Susan Kare a également créé plusieurs polices de caractères piliers dans le domaine tels que Chicago, qui sera utilisée pendant 20 ans par Apple, mais aussi Geneva, Monaco ou Cairo, qui est une police ne contenant que des icônes.
Elle développe aussi le message “hello” pour la campagne du Macintosh en 1984, qui deviendra un symbole de l’accessibilité informatique, et une marque de fabrique pour la pomme de Steve Jobs.
En 1985, l’artiste suit Steve Jobs chez NeXT, l’entreprise fondée par Steve Jobs après avoir perdu la tête du pouvoir de l’entreprise.
L’après Apple ?
En 1989, elle fonde sa propre société de design graphique, Susan Kare LLP. S’ensuivent alors de nombreuses collaborations, notamment avec Microsoft, où elle conçoit les icônes de Windows 3.0, mais aussi le design des cartes du célèbre jeu Solitaire. Elle contribue au design de nombreuses entreprises mondialement connues comme Facebook, Pinterest mais aussi Niantic Labs, connue aujourd’hui pour Pokemon Go.
Considérée comme une figure majeure incontournable du pixel art et du design numérique, ses œuvres sont exposées au MoMA de New York. Son impact sur le design numérique est encore évidemment très présent aujourd’hui, elle a su révolutionner l’expérience utilisateur en créant des icônes et des polices qui ont marqué l’histoire de l’informatique. Si cet article vous a plus, nous vous invitons à consulter notre article sur Shane Griffin, designer ayant liée art et design pour des collaborations, notamment avec Apple.
Roxanna Richens (Roxy Ruby) est une artiste australienne dont le travail plonge le spectateur dans des paysages surréalistes exquis. Puisant dans une grande variété d’influences, allant de la mythologie grecque aux contes de fées, des motifs théâtraux aux rêves, Roxy Ruby crée un langage visuel unique qui fusionne l’abstrait et le figuratif. Son art explore des thèmes de transformation, d’identité et de transcendance, offrant au spectateur une porte d’entrée dans des mondes où la réalité se dissout dans le fantastique.
Après avoir longtemps exploré le théâtre et le surréalisme par le biais du dessin, elle se tourne désormais vers le textile. Au cœur de cette évolution se trouve une fascination profonde et presque obsessionnelle pour les gants. Pour elle, les gants sont plus que de simples accessoires ; ce sont des contenants de paradoxe et des vaisseaux d’histoire.
Oneiric strands, 2022, digital photograph
Mythologie, contes de fées, et langage des symboles
L’œuvre de Roxy Ruby est inspirée de la façon intuitive qu’elle a d’appréhender le monde, par le biais de métaphores et de symboles. “Bien qu’ils ne représentent pas une perception réelle de la vie, ils constituent pour moi une réalité bien plus authentique, car ils correspondent à la façon dont je vis mon environnement et mes émotions”, explique-t-elle.
Ses dessins sont une réflexion poétique de l’inconscient, où les récits mythologiques et personnels se croisent. Elle développe une approche singulière du dessin au fusain, travaillant “à l’envers” en sculptant la lumière avec une gomme plutôt qu’en traçant des lignes au fusain. Plutôt que d’ajouter du noir sur une surface blanche, elle recouvre d’abord le papier de charbon, puis fait émerger formes et figures en effaçant méticuleusement la matière. Ce procédé inversé lui permet de créer des images à la fois évanescentes et puissantes, où les formes semblent surgir de l’ombre comme des apparitions. Cette technique renforce les thématiques centrales de son travail : la métamorphose, le passage entre les mondes et la frontière fragile entre le réel et l’imaginaire.
The stars above a town on a table, 2022, charcoal on paper, 56 x 76cm
En créant des œuvres qui invitent les spectateurs à entrer dans un monde symbolique, tout en leur offrant un espace d’interprétation personnelle, son but n’est pas de dicter une signification, mais de fournir un langage partagé de symboles qui résonnent avec chacun. Qu’il s’agisse de gants, de cygnes ou de rideaux de scène, elle crée des images qui encouragent l’introspection et l’exploration de sa propre mythologie.
Chapter closing, 2023, charcoal on paper, 114.0 x 89.0cm
Le cygne: symbole personnel et artistique
Le cygne est un motif récurrent dans l’œuvre de Roxanna Richens. Lors de sa première résidence artistique à Berlin, elle passe de longues heures à les observer au bord du canal. “Je suis tombée en amour des cygnes et des constellations qu’ils créent en flottant”, dit-elle. En étudiant leur mouvement, elle a établi des parallèles avec son exploration artistique de la métamorphose, en particulier dans ses dessins qui oscillent entre l’abstraction et la représentation figurative.
Pour l’artiste, et dans de nombreuses croyances populaires, les cygnes symbolisent également le lien entre deux mondes. Les cygnes blancs qu’elle a rencontrés à Berlin contrastent avec les cygnes noirs de son Australie natale, devenant une représentation poétique de son existence entre les hémisphères. En outre, en tant que créatures monogames qui se lient et se vouent un amour inconditionnel pour la vie, ils sont devenus l’emblème de son propre désir de connexion romantique.
Gathering asters, 2022, charcoal on paper, 38.0 x 28.5cm
“Prendre des gants”
L’exploration des gants par l’artiste n’est pas simplement un choix esthétique, mais une recherche conceptuelle profondément liée aux thèmes de la dualité et de la métamorphose. Les gants représentent une contradiction : ils permettent le toucher tout en agissant comme une barrière, cachent tout en révélant.
The Inner Myth, 2021, performance by Tsuki, costume and exhibition scenography by Roxy Ruby, costume designed in collaboration with Anide. Performance for the exhibition The Theatre of Reverie: The Inner Myth, Sanct Studio, Berlin, 2021
Son intérêt pour les gants est né lorsqu’elle travaillait dans la gestion de collections de musées, où les gants étaient un outil à la fois intime et impersonnel. Ils lui permettaient de manipuler des objets historiques, tout en renforçant un sentiment de séparation. Ce paradoxe est devenu une métaphore de la connexion humaine dans son travail. “Parfois, le développement d’une amitié ou d’une relation peut donner l’impression que je touche quelqu’un avec des gants“, dit-elle, “Comme si je n’arrivais pas à le connaître aussi profondément que je le voudrais, ou comme si je portais des gants pour me protéger de mes propres vulnérabilités”.
Bertalda’s glove (video stills), 2024
A travers sa collection de gants vintage, l’artiste a le sentiment d’entrer physiquement en contact avec leurs anciens propriétaires. Les gants deviennent des vaisseaux de la mémoire, contenant des indices sur celles et ceux qui les ont portés, tout en servant d’objets d’imagination et de narration.
Glove me, 2025, digital photograph
Son intérêt pour les gants est également une extension naturelle de son exploration du costume et de la mise en scène, éléments récurrents de ses œuvres antérieures. En tant qu’artiste profondément ancrée dans le théâtre, les gants offrent une métaphore élégante de la manière dont nous construisons et présentons notre identité au monde. Tout comme un gant dissimule la main par diverses matières et couleurs, l’identité est quelque chose que nous formons et transformons à travers les rôles que nous jouons au quotidien.
Théâtralité, hétérotopies et pouvoir de transformation
Au-delà des gants et des cygnes, la fascination de Roxanna Richens pour la théâtralité est une force motrice dans son travail. S’inspirant du concept d’hétérotopie du philosophe Michel Foucault (des espaces qui existent à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la réalité), elle cherche à créer des environnements qui transportent les spectateurs dans des mondes alternatifs. Cette obsession pour les espaces hétérotopiques et liminaux est profondément enracinée dans les souvenirs d’enfance, où l’on percevait des mondes cachés dans le quotidien.
Norma descending a staircase (no. 2) (diptych), 2020, charcoal and glitter on paper, (each sheet) 76.0 x 56.0cm
Theatre for bats I, 2025, charcoal on paper, 15 x 21 cm
Le parcours d’Anide vers la peinture n’avait rien de tracé. Là où d’autres grandissent le pinceau à la main, Anide n’est venu à la toile que plus tardivement. D’abord captivé par le dialogue entre langage et image, c’est au fil de ses études en communication, et de son engagement dans un collectif dédié aux artistes émergents, qu’il a compris que ce qui l’appelait n’était ni l’un, ni l’autre, mais l’espace fragile et insaisissable où les deux se rencontrent. La peinture est alors devenue pour l’artiste un territoire d’expérimentation, où l’expression se libère des structures et ouvre des voies nouvelles.
Londres et l’école de l’image
À Lyon, Anide fait une rencontre importante au Studio H13, lieu spécialisé dans les cultures alternatives et émergentes, où il croise la route d’un galeriste passionné qui le guide et nourrit sa réflexion sur l’image. Il décide de quitter sa France natale pour s’ancrer à Londres: un exil qui marque un tournant décisif dans sa vie. Il s’initie alors à la photographie et se plonge dans la scène queer punk de la ville, où il commence ce qu’il appelle son “école de l’image”. C’est à la même époque qu’il est marqué par une exposition de Dalí lors d’un voyage à Bruxelles, dont l’élégance surréaliste contraste avec l’esthétique des styles punk et post-graffiti. De cette tension entre précision, finesse et chaos naît une impulsion irrésistible : celle d’explorer la peinture comme un langage plus viscéral, libre et instinctif.
After the rain . Peinture à l’huile sur papier . 100 x 70 cm
L’alchimie intuitive du processus créatif
Le processus créatif d’Anide commence bien avant qu’il ne prenne un pinceau, ancré dans une recherche incessante, tel un “dévoreur d’images”. Imprègnant son regard d’une multitude de visuels, de livres ou de contenus internet, il absorbe, collectionne, puis cherche à oublier volontairement; se construisant une bibliothèque invisible, un réservoir d’inspirations inconscient. Lorsque vient le face-à-face avec la toile, tout se réinvente. Pas de croquis, pas de plan, pas d’intention figée. Son travail surgit dans l’instant, dans le dialogue brut avec la surface, où chaque geste répond au précédent. Une improvisation totale, où l’intuition guide la main et où l’image se révèle d’elle-même, comme un secret qui attendait d’être découvert.
An Island in the Sky . Peinture à l’huile sur papier . 100 x 70 cm
En évoquant Rodin et sa célèbre phrase : “Dans chaque bloc de marbre, il y a une statue, et il appartient à l’artiste de la libérer”, Anide croit profondément que chaque feuille, chaque toile vierge porte en elle une histoire encore endormie. Son rôle est d’établir un dialogue intime avec elle, d’en libérer les formes et révéler ce qui est en attente d’émergence. Il peint d’une manière instinctive, réagissant à ce qui surgit sous ses yeux, effaçant, déformant, ou façonnant autour de ce qui lui apparait.
Bloom . Peinture à l’huile sur papier . 100 x 70 cm
L’effacement fait autant partie de son processus que l’acte de peindre lui-même. Il oscille sans cesse entre le geste et la soustraction, faisant et défaisant, intéressé par ce qui demeure après ce cycle de destruction et de reconstruction. Cette obsession s’étend à sa fascination pour les choses brisées. Il y perçoit une beauté, comme si le temps lui-même avait participé à leur formation. Pour lui, ce qui persiste, ce qui reste après l’effacement, porte un sens encore plus profond.
Angel’s Bones . Peinture à l’huile sur papier . 100 x 70 cm
Musique, hypnose et inconscient
Son processus pictural est aussi profondément méditatif. Il se créer une bulle, écoutant des musiques qui façonnent son état créatif —jazz, techno, ambient, psychédélique, et autres compositions envoûtantes et hypnotiques. Sélectionnant un morceau en accord avec son humeur du moment et le faisant tourner en boucle pendant des heures, voire des jours, la répétition endort son esprit conscient, et l’inconscient prend le relais. Cet état de transe guide ses gestes dans un flux purement instinctif.
Life of Dead Things . Peinture à l’huile sur papier . 100 x 70 cm
Miroirs et portails
Flirtant avec le figuratif, le travail d’Anide reste profondément ancré dans l’abstraction. Pour lui, l’abstraction n’est pas une fuite du sens, mais une invitation. Contrairement à une image avec un sens figé, l’abstraction permet quelque chose de fluide, de vivant. Elle ouvre un espace pour l’imaginaire. Anide voit ses toiles comme des miroirs, des portails ; des surfaces reflétant non seulement ce qu’il y dépose, mais aussi ce que chaque spectateur y projette. Le tableau n’appartient plus seulement à l’artiste. Il se transforme et se complète à travers la perception, les souvenirs, et le monde intérieur de ceux qui s’y confrontent. Ses peintures explorent les réalités intimes qui nous façonnent en tant qu’êtres humains : les couches secrètes du “moi”, les récits que nous tissons, et les forces invisibles qui sculptent notre façon de voir le monde.
Chaque peinture devient un miroir de l’inconscient, révèlant ce qui a été oublié, effacé, abandonné, mais qui persiste malgré tout. Dans un monde en perpétuelle accélération, l’œuvre d’Anide offre une pause, un espace pour prendre le temps de contempler et s’interroger.
Window’s Bridge . Peinture à l’huile sur papier . 100 x 70 cm
Petal Erosion . Peinture à l’huile sur papier . 100 x 700 cm
The Other Side . Peinture à l’huile sur papier . 100 x 70 cm
Solve and Coagula . Peinture à l’huile sur papier . 100 x 70 cm
Time’s Sculpture . Peinture à l’huile sur papier . 100 x 70 cm
Skin of Memory . Peinture à l’huile sur papier . 100 x 70 cm
Du 19 mars au 6 avril 2025 aura lieu la 10e édition des rencontres de l’illustration à Strasbourg. Au programme : ateliers, conférences, visites guidées, expositions… Un ensemble complet qui mettra la commune sous les feux des projecteurs pour les prochaines semaines à venir. Un événement à ne pas manquer !
L’objectif : montrer la richesse des illustrations
Dans le cadre de “Strasbourg Capitale mondiale du livre UNESCO 2024”, qui prendra fin le 22 avril prochain, les rencontres de l’illustration clôturent ces rendez-vous artistiques dans la ville. Cette année, 6 lieux de rencontres sont mis à l’honneur : la Médiathèque Hautepierre, le Musée d’Art Moderne et Contemporain, la Médiathèque André Malraux, le Garage Coop, la Médiathèque Neudorf et le Musée Tomi Ungerer – le Centre international de l’illustration. Une manière d’illuminer la commune du Grand Est en faisant découvrir l’univers de l’illustration.
Le calendrier de l’événement s’annonce chargé
C’est déjà annoncé sur le site, cette année s’annonce remplie d’ateliers, de conférences, d’expositions et plus encore. Ce sera l’occasion de faire la rencontre de nombreux artistes, certains émergents dans le milieu et d’autres ayant déjà fait leur preuve. Nous retrouverons des noms comme Nino Bulling, André Derainne, Gwendoline Desnoyers, Thomas Ehretsmann, Célia Housset, et bien d’autres encore. L’occasion de rencontrer cette quinzaine d’artistes, mais aussi des amateurs de l’art et de l’illustration.
Vous pouvez dès à présent consulter la programmation juste ici !
Manon Louart est une Motion Designer et Illustratrice française basée en France, qui utilise ses compétences graphiques pour offrir des illustrations et animations vibrantes, dans un univers agréable, aux couleurs délicates.
Une artiste engagée et qui ne le cache pas
Diplômée en design graphique de l’Université du Québec de Montréal en 2017, elle travaille désormais en tant que freelance. Son travail se concentre sur des illustrations animées méditatives et relaxantes, mettant en scène nature, féminité et vivacité. Artiste engagée pour la politique et l’environnement, Manon Louart n’hésite pas à faire paraître ses idées dans ses œuvres. Dès lors, hors de question d’éviter les sujets qui fâchent : élection, capitalisme, engagement lors des journées pour les droits des femmes… Manon tient à utiliser sa visibilité pour faire passer des messages importants.
Une artiste qui voue son travail à l’entraide
Enseigner ses connaissances au grand public
Spécialisée dans les boucles animées courtes et le contenu illustré pour les réseaux sociaux, Manon Louart crée des classes de Motion Design en présentiel et en ligne sur Skillshare, où elle enseigne les techniques d’animation et de design.
Elle s’est aussi associée à la plateforme Adobe pour proposer des sessions live.
La collaboration Jeannes d’Arc de Montréal
En 2020, l’artiste participe au projet féministe « Jeannes d’Arc de Montréal », une collaboration avec plusieurs artistes visant à réinterpréter la figure de Jeanne d’Arc à travers des animations célébrant l’empowerment et la sororité.
De nombreuses collaborations avec des marques internationales
Durant son parcours, Manon a également collaboré en tant qu’Illustratrice et Motion Designer avec des marques de renom telles que Converse, Adidas et bien d’autres. Parmi ses projets notables, elle a notamment réalisé des illustrations pour le projet d’Adidas « Comment sortir de chez soi et aller courir » de 2022, en collaboration avec l’agence We Are Social, dans le cadre du lancement de la chaussure Solar Glide 5.
La création du collectif Reframed
” Pendant le Motion Motion 2023, de nombreuses discussions ont porté sur les responsabilités écologiques et sociales des motion designeur.euse.s. Malgré une prise de conscience croissante et un désir d’engagement envers des pratiques plus responsables, iels se trouvent confrontés.ées à un manque cruel de ressources et de soutiens adaptés pour les accompagner dans leur démarche.”
À la suite du festival du graphisme en mouvement, le Motion Motion 2023, Manon crée le collectif Reframed, aux côtés de nombreux artistes, dans le but de promouvoir une pratique du motion design plus durable, plus équitable et plus inclusive.
Si ses productions vous intéressent, vous pouvez consulter son site web. Vous pouvez également suivre son actualité sur Instagram. Et si cet article vous a plus, nous vous conseillons de jeter un œil à cet article sur l’artiste BottlingSunshine qui explore la créature mythologique féminine dans son art.
Bill Mudron est un illustrateur et cartooniste vivant à Portland dans l’Oregon. Inspiré par la pop culture, il reprend des piliers de celle-ci comme des séries (Doctor Who, The Good Place…) ou des jeux (The Legend of Zelda), en les adaptant à un tout autre style artistique. C’est ainsi qu’est née la collection Ghibli Prints, mêlant les chefs-d’œuvre du studio de Hayao Miyazaki avec l’art ancestral de Utamaro, Hokusai et de Hiroshige : l’estampe japonaise.
Bill Mudron est né le 5 décembre à Pittsburgh, en Pennsylvanie, le même jour que Walt Disney plusieurs décennies auparavant. A la fin de son adolescence, il s’inscrit dans un lycée pour les arts créatifs et les performances (CAPA) qu’il abandonne six mois plus tard pour devenir autodidacte. En 2004, il déménage à Portland pour se lancer en tant qu’artiste indépendant.
Passionné par la culture pop et geek ainsi que l’art rétro qu’il combine dès ses premières productions, il combine histoires et culture dans un style artistique impressionnant.
Ses œuvres
Bill Mudron s’est démarqué sur différents projets d’illustrations. Sur son site internet, on retrouve ses œuvres notables :
Gaming Maps : Illustrations et cartographies avec l’esthétisme des jeux vidéo vintage
Castlevania
Hyrule de The Legend Of Zelda
Mario
Who Nouveau : L’artiste imagine les personnages de la série Doctor Who dans un univers parisien fin XIXe siècle. Il s’inspire notamment du travail d’Alfons Mucha, illustrateur et affichiste célèbre.
Star Trek Coloring Book : En 2016, il participe à l’élaboration de deux livres de coloriage inspirés de l’univers Star Trek : Nouvelle Génération, publiés par Dark Horse.
Projet Studio Ghibli : Son projet le plus connu. Il dépeint ici les personnages de Hayao Miyazaki dans des paysages japonais majestueux en reprenant les codes des estampes japonaises traditionnelles (ukiyo-e et shin-hanga). L’accent est mis sur les décors et paysages, les personnages apparaissent comme petits face à la grandeur de leur environnement.
En 2024, il a ajouté à cette collection le dernier film de Hayao Miyazaki, Le garçon et le Héron.
Projets divers
Sur son site internet, un catalogue de ses œuvres à la fois freelance et personnelles sont exposées. Parmi celles-ci, on retrouve ce style japonais des estampes ancestrales captivant, toujours adapté à la pop culture.
Ses collaborations
En termes de collaboration, il s’est allié à de grands noms de l’animation, notamment le réalisateur mondialement connu Wes Anderson, sur la production du film d’animation l‘Île aux chiens. Il a également collaboré avec Disney, Bard Robot Productions de JJ Abrams, la BBC Books, Dark Horse Comics… Son travail en tant qu’illustrateur et freelance est reconnu parmi les plus grands.
Ses œuvres rendent hommage à l’influence de l’art traditionnel tel que la technique de l’estampe japonaise, mais aussi aux différents univers graphiques qui le passionnent. Il célèbre la fusion entre le passé et le présent de l’art, et lorsqu’on prend le temps de regarder ses productions, une nostalgie nous soulève, on retrouve un réconfort dans ses illustrations qui nous rappellent notre enfance.
Vous pouvez également retrouver l’intégralité de ses créations sur son site, et si vous souhaitez suivre son actualité, il poste par moment sur Instagram.
Si l’univers du jeu vidéo fusionné à l’art vous plaît, Nicolas Degaudenzi propose un catalogue de Game Art bluffant.
Viktoria Mladenovski est un.e artiste multidisciplinaire qui travaille sur la création de mondes oniriques inclusifs. À travers divers médiums —illustration, peinture, céramique et textile— iel construit des récits complexes et colorés où des personnages uniques et des paysages surréalistes prennent vie, et où chacun trouve sa place! Sa capacité à intégrer des éléments du quotidien dans des compositions fantastiques pop et colorées fait d’iel un.e narrateur.rice visuel.le puissant.e, qui embrasse des thèmes tels l’unité et la joie, tout en défendant le féminisme queer intersectionnel et la conscience environnementale.
Mondes de rêve
Viktoria Mladenovski décrit son art comme une forme d’évasion: une vision alternative de la réalité où les êtres coexistent pacifiquement, s’exprimant librement dans un cadre utopique. Comme iel l’explique : “Créer un monde de rêve à travers mes illustrations est un moyen d’accéder à la joie et à la légèreté tout en affrontant les réalités de notre monde.” Ses univers regorgent de créatures fantaisistes, d’animaux aux couleurs vives et êtres hybrides, évoquant un sentiment d’émerveillement et d’inclusion.
À travers son prisme artistique, iel transforme l’ordinaire en extraordinaire, permettant à son public de s’évader dans un monde affranchi des contraintes sociétales. Sa philosophie met en évidence le pouvoir de l’imaginaire artistique, où envisager une réalité différente devient un moyen d’inspirer le changement.
L’art comme outil d’inclusion et de changement social
Viktoria Mladenovski considère l’art comme un puissant vecteur d’impact social, utilisant la narration visuelle pour proposer des modes de vie alternatifs harmonieux. “Le langage visuel peut être si puissant, alors pourquoi ne pas l’utiliser pour influencer le monde ?” demande-t-iel.
Cette philosophie se reflète dans sa récente publication, Rotondes Wimmelbuch. Présenté dans des écoles, le livre a reçu des retours émouvants, où les enfants ont dit avoir été touchés par l’univers chaleureux et inclusif qu’iel a créé. Leurs réactions confirment que son art dépasse le simple divertissement visuel, et qu’il cultive activement l’empathie et la connexion.
L’Interaction des Médiums dans son Processus Créatif
L’approche multidisciplinaire est essentielle à la pratique artistique de Viktoria Mladenovski. Son travail navigue avec fluidité entre l’illustration numérique, la céramique, le textile et, plus récemment, l’animation, chaque médium influençant et enrichissant les autres. Parfois, un personnage illustré inspire une pièce céramique tridimensionnelle ; d’autres fois, une pièce textile guide l’évolution d’un dessin.
“Je pense qu’un artiste peut stagner s’il n’expérimente pas,” explique-t-iel. “L’art est une question d’expression personnelle et de plaisir dans le processus.” En adoptant une approche créative ouverte, iel maintient une œuvre dynamique et en perpétuelle évolution.
Narrations personnelles
Bien que son travail soit ludique et onirique, il contient également des récits profondément personnels. Un exemple marquant est la vidéo-performance A Memory Or Two, réalisée lors d’une période difficile pour l’artiste. Iel y imagine un personnage mi-coquillage, prisonnier d’un cycle répétitif, luttant contre ses mains-racines grandissantes. Cette pièce surréaliste mais introspective illustre comment iel canalise ses émotions à travers l’art, transformant ses luttes intérieures en métaphores visuelles poétiques.
Et après ?
À l’avenir, l’artiste aspire à élargir son univers onirique en créant davantage de personnages fantaisistes et de décors surréalistes. Iel explore également des médiums plus traditionnels comme les crayons de couleur et les pastels à l’huile, recherchant de nouvelles textures dans son travail. Par ailleurs, iel se passionne de plus en plus pour l’illustration de livres et l’édition, souhaitant fusionner son amour de la narration et de l’art visuel.
Alors que Viktoria Mladenovski continue de repousser les limites de son expression créative, son art demeure un témoignage du pouvoir transformateur de l’imagination. À travers ses œuvres, iel invite non seulement les spectateurs dans ses mondes oniriques, mais les encourage aussi à rêver de nouvelles possibilités pour notre propre réalité.
Pour Adidas
Pour Dr. Martens
Retrouvez le travail de Viktoria Mladenovski sur son site, et sur son compte Instagram.
Célèbre artiste américain né en 1959 à Chicago et fameux utilisateur de la culture jamming, Ron English ne cesse de nous surprendre.
Il s’agit ici de détourner un média de masse, dans un but artistique, mais surtout d’anticonsumériste. La majorité des oeuvres de Ron English sont là pour éveiller, réveiller les consciences.
En se réappropriont des logos, slogans publicitaires, codes d’une marque, c’est aussi une façon de se réapproprier sa propre vision. Les marques sont toutes la journée sur nos écrans, nos rues, nos commerces alors les redessiner, c’est les choisir, une façon de reprendre nos libertés.
la panthère rose
Ron English joue avec l’iconographie des multinationales, de la culture populaire ou de l’histoire de l’art comme Mcdonald’s ou encore Mickey Mouse. En 2008, il crée et diffuse l’affiche Abraham Obama, qui mêle les visages de l’ancien président Abraham Lincolnet celui du candidat démocrate Barack Obama. Il dessine aussi en 2014 la pochette de l’album World on Fire du guitariste Slash.
Abraham Obama
Abraham Obama
Il est à l’origine de la mouvance Popaganda que l’on pourrait traduire par la « Propagande du Pop ». C’est le fait d’utiliser les codes iconographiques d’enseignes multinationales et la culture populaire pour créer un univers où se mêlent super héros mythologiques et histoire de l’art.
Télétubbies
Ron English a d’ailleurs fait l’objet d’un film documentaire réalisé par Pedro Carjaval, Propaganda.
Ron English a grandi dans l’Illinois, où il a travaillé comme dessinateur pour un magazine local. Et c’est à l’âge de quatre ans, après une punition de sa mère qu’il se met à dessiner : « Après cinq minutes à regarder l’heure défiler, j’ai cherché à m’occuper malgré la punition. J’ai découvert des crayons dont je ne m’étais jamais servi et du papier à reproduction que mon père avait rapporté de son travail. Je me suis alors mis à dessiner ».
Petit, il voulait être clown, un métier de rieur qui fait rire les gens. Des clowns qu’il s’amuse aujourd’hui à peindre. Puis il a déménagé au Texas où il a décidé de reprendre ses études. Diplômé des Beaux-Arts de l’Université du Nord Texas, il se forme à l’art de la reproduction et se spécialise dans la peinture à l’huile.
C’est au Texas, dans une ville chargée de panneaux publicitaires que son art prendra vie. Il devient vite totalement illégal et est plusieurs fois menacé d’être emprisonné. Dans les années 80, il quitte le Texas pour New York où il se mêle à d’autres artistes et commence à vendre son travail.
« Pour moi le vocabulaire pop est un langage évident. C’est de l’anglais visuel »,
Ron English
New-Work – petite Italie
« Je fais partie de ces nouveaux réalistes, avec une touche pop. Mais je fais également partie de la mouvance des pirates médiatiques »
Ron English
« Comment aurais-je pu résister face à la prolifération galopante des panneaux d’affichage ? Comment dire, si nous devons supporter la présence de ces panneaux, ne devrions-nous pas y avoir accès ? »
Ron English
L’anti-commercial est pourtant le créateur d’une multitude de personnages qu’il met en vente sur son site. Ces figurines sont toutes fantasques, cyniques et tape-à-l’oeil. L’artiste a également une chaîne Youtube POPagandaTV! où il documente toutes ses aventures artistiques.
Graphiste et illustratrice basée à Montréal depuis 2019, Elen Pras se passionne par l’expérimentation à travers le graphisme numérique et imprimé.
Le voyage créatif d’Elen Pras
Elen est originaire de Nantes, en France. C’est en 2019 qu’elle décide de tracer sa route au Québec, à Montréal. Après un baccalauréat en arts appliqués puis un BTS en design graphique option médias numériques, elle est diplômée d’un DSAA Design mention Graphisme. L’artiste est passionné par la science-fiction, la gravure et tout ce qui est du ressort de la culture ésotérique. « Attirée par l’expérimentation et la recherche graphique, je suis quelqu’un de créative, curieuse et dynamique qui maîtrise à la fois l’univers du graphisme numérique, mais aussi celui de l’imprimé. Je pratique également, en autodidacte, la photographie argentique ainsi que la linogravure », déclare-t-elle.
Un dialogue entre passé et présent
Elen puise son inspiration du monde qui l’entoure, mais également de mouvements artistiques qui nous précèdent. Son travail reflète cette influence, car elle s’inspire notamment de peintres de « l’art pompier », tels que Pierre Auguste Cot et William Bougereau, ainsi que de sculpteurs, comme Salvatore Albano. L’art pompier, mouvement artistique du 19e siècle, privilégie les sujets académiques, souvent empreints de romantisme et de mythologie. Il se caractérise par un style réaliste et précis, que l’on retrouve dans les travaux d’Elen Pras.
Elen s’inspire de cette esthétique dans ses illustrations. Elle réalise des images minimalistes grâce à des traits fins et colorés. Une caractéristique distinctive de son style réside dans l’encre rouge qu’elle utilise pour réaliser la plupart de ses traits, qu’elle superpose sur un fond rose pâle. En somme, cette combinaison crée un contraste visuel intéressant, et invite le spectateur à contempler l’héritage artistique qui continue de nourrir notre culture visuelle dans notre ère.
Chants de vielles 2022
Elen a créé l’identité visuelle de la 18e édition du festival Chants de vielles, qui s’est déroulée du 20 au 22 mai au Québec, à Saint-Antoine-sur-Richelieu. Son visuel a été repris puis décliné et adapté à différents supports : réseaux sociaux, version papier et signalétique sur le site. Afin de réaliser une campagne publicitaire de grande ampleur, nombreux ont été les dispositifs mis en place à partir de l’identité créée par Elen : beach flags ou affiches de bateaux, le festival n’est pas passé inaperçu dans les villes du Québec !
Cosmic Polarizations x Las Pintas
En 2019, la Société des Arts Technologiques (SAT) fait appel à la créativité d’Elen Pras pour réaliser l’identité visuelle et l’affiche de la 16e édition du festival des musiques numériques immersives Akousma. La SAT présente à la toile un programme de deux expériences immersives dans la Satosphère. La première, Cosmic Polarizations, est un film 360° qui explore de multiples théories autour de la cosmologie et des rayonnements cosmiques. La seconde, Las Pintas, constitue une expérience immersive où la matière sonore et visuelle est manipulée en temps réel, invitant ainsi le public au cœur d’une véritable transe contemplative. Pour réaliser cette identité graphique, Elen a usé de ses qualités créatives en proposant à la SAT une approche visuelle authentique et colorée, tout droit inspirée de la science-fiction.
Pour suivre les travaux d’Elen Pras, rendez-vous sur son site internet
Si son univers vous a plu, celui de Jonathan Calugi devrait lui aussi vous captiver
L’artiste Pedro Pedro se révèle maître dans l’art de dresser la table ! Du petit-déjeuner au dîner, en passant par le déjeuner, il réalise des natures mortes éblouissantes, débordantes de couleurs vives et de détails foisonnants.
Table with Oysters, Lobster, Laundry, Shrimp, Dog and Steaks
Le peintre, d’origine américaine, a perfectionné sa technique picturale depuis ses débuts à l’âge de vingt ans. Ses réalisations, à l’instar de Jess Ackerman, sont axées sur la représentation de natures mortes. Mais contrairement à cette dernière, les œuvres de Pedro Pedro n’adoptent pas un style cubiste. Au contraire, son style évoque une forme de réalisme saturé, où l’exagération des formes et des couleurs accentue la sensation de profusion.
Le festin visuel de Pedro Pedro
Les tables, planchas et paniers de l’artiste sont copieusement achalandés. Il ne laisse que peu de place au vide. Fruits exotiques, légumes divers Et objets du quotidien se partagent la place qui leur est accordé. L’ensemble offre des natures mortes saisissantes tant par leur couleur que par leur désordre.
Pile of Citrus
Cutting Board With Sandwiches
Charcuterie on Cutting Board with Knives
Les toiles plus subversives de Pedro Pedro
Le compte Instagram de l’artiste présente également des œuvres plus subversive. Elles présentent des personnages féminins ou masculins aux apparences monstrueux. Ces personnages, entièrement dénudés, adoptent des positions à la fois étranges et luxurieuses. Certains d’entre eux sont accompagnés d’éléments rappelant les natures mortes caractéristiques de l’artiste. De plus, certaines de ces toiles dévoilent explicitement les parties intimes de ces personnages.
Look at my butt
Jimmy Buffett’s Margaritaville Restaurant
Un univers en expansion
Pedro Pedro continue de brouiller les frontières entre le quotidien, l’intime et le fantastique. Ses œuvres, à la fois accessibles et dérangeantes, suscitent fascination et curiosité. Dans son univers saturé de couleurs, chaque objet devient personnage, chaque table une scène de théâtre, et chaque toile une explosion de vie.
L’artiste Choodraws est un.e artiste australien.ne basé.e à Melbourne, qui propose des illustrations digitales sur ses différents réseaux sociaux. Iel mélange les codes graphiques des bandes dessinées rétro et du mouvement pop art des années 1960. Ses illustrations très colorées dépeignant des personnages caractériels évoquent souvent une histoire en un regard.
SES INSPIRATIONS
Les fruits et les fleurs
Les fruits et les fleurs figurent presque systématiquement dans ses productions. La signification des éléments peut différer selon la variété, la couleur et le contexte. Dans les natures mortes et les œuvres des écoles baroque et flamande par exemple, les fleurs et les fruits combinés symbolisent la vanité lorsqu’ils sont fanés, ou la jeunesse et la beauté éphémère lorsqu’ils sont frais. En Asie, notamment en Chine et au Japon, ces éléments sont porteurs de significations liées aux saisons, à la chance, au bonheur ou à l’équilibre spirituel. Chez choodraws, la symbolique des fruits et des fleurs reste volontairement ouverte, afin de laisser chacun développer sa propre interprétation.
La collection anniversaire
Depuis 2019, l’artiste produit annuellement une œuvre nommée Birthday, représentant l’évolution d’une table habillée d’un assortiment de nourritures d’anniversaire. Un moyen de présenter le temps qui passe et qui ravage sur son passage.
Les jeux vidéo
Bloodborne, Zelda, Dark Souls, Elden Ring… Les jeux vidéo sont une source d’inspiration pour l’artiste. Parmi ses productions, nous retrouvons plusieurs personnages de ces jeux mythiques, comme Zagreus du jeu Hadès ou encore Link du jeu The Legend of Zelda.
Les femmes et la violence
Les femmes sont sûrement l’un des éléments les plus importants pour l’artiste. Elles sont très souvent représentées, même s’il arrive de retrouver des figures plus masculines sur les œuvres de temps à autre. Si les femmes sont souvent le symbole de la vulnérabilité et de la fragilité, chez choodraws, la majeure partie du temps, les femmes sont liées à la violence : têtes coupées, égratignures, couteaux, marteaux… Elles sont à la fois victimes et sources de violences. Une fusion contrastant les symbolismes artistiques.
Sa technicité
Palette de couleurs vibrantes et audacieuses
Les couleurs utilisées sont saturées et contrastées, avec une prédominance de tons chauds, accentués par des ombres noires profondes et des touches pastel. Cet ensemble donne une impression harmonieuse, rétro et surréaliste.
Influences de la bande dessinée
Les traits nets, précis, et linéaires sont inspirés de la bande dessinée ou du roman graphique. Chaque détail est défini, les contours sont incisifs. On retrouve un aspect très graphique, typique des bandes dessinées.
Focus sur les détails
Les illustrations regorgent d’un ensemble de petits objets du quotidien, comme des livres, des plantes et des aliments, qui donnent vie à la scène. Les placements finement organisés des éléments guident l’œil en créant des scènes riches. Les personnages ont souvent l’air détendu, leurs postures sont relâchées, tout comme les lieux dans lesquels les scènes prennent place afin de nous offrir une vision immersive et intime.
Ambiance narrative
Les illustrations présentant des personnages semblent capturer un arrêt sur image dans une histoire. Les personnages sont positionnés de manière naturelle, ce qui contribue à la narration visuelle. Quant aux illustrations plus épurées dans leurs compositions, elles suggèrent toujours une histoire ou une réflexion autour des éléments représentés, comme la nature ou une table d’anniversaire.
L’artiste propose un gros catalogue de produits dérivés de ses illustrations sur internet, comme des vêtements, des pins ou encore des impressions, mais qui ne sont pas distribués en Europe. Toutefois, si vous souhaitez admirer ses œuvres, vous trouverez ci-dessous ses différents réseaux :
Si cet article vous a plu, nous vous conseillons de jeter un œil au travail de BottlingSunshine, artiste d’art digital qui s’inspire également des figures féminines dans son art.
Au tournant du XXe siècle, l’affiche et l’affichage publicitaire font partie du mobilier et du décor urbain : dans un style unique, Alphonse Mucha s’impose rapidement comme un artiste de renom dont l’œuvre est déclinée pour tous. L’artiste est à redécouvrir à l’exposition immersive Éternel Mucha, à MUSE Saint-Dizier.
Figure majeure de l’Art nouveau (mouvement artistique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle qui s’appuie sur des lignes courbes), Alphonse Mucha cumule les occupations artistiques et professorales : il est affichiste, illustrateur, graphiste, peintre, architecte d’intérieur, décorateur et professeur d’art tchécoslovaque.
Si son éducation et son enfance, malgré un père huissier de justice, le prédestinent très rapidement à l’Art, ce n’est d’abord pas vers les arts graphiques qu’il semble s’orienter. Né le 24 juillet 1860 à Ivančice (actuelle Ivančice), en Moravie, dans une famille modeste, il suit des études de chant à Brno (alors capitale de la Moravie) et rejoint la chorale de l’église Saint-Pierre.
En 1875, il revient chez son père qui lui trouve un emploi de greffier au tribunal ; Mucha postule à l’Académie des beaux-arts de Prague qui lui fait cette recommandation : « Choisissez une autre profession où vous serez plus utile. » Cependant, sa détermination le pousse à déménager à Vienne où il travaille comme apprenti peintre de décors de théâtre. Grâce au soutien du comte Karl Khuen de Mikulov, il suit des cours à l’Académie des beaux-arts de Munich, posant ainsi les bases de sa future carrière artistique.
En 1887, Mucha s’installe à Paris, où il poursuit ses études à l’Académie Julian et à l’Académie Colarossi. Il commence à travailler comme illustrateur pour divers magazines et crée des affiches publicitaires. Sa carrière prend un tournant décisif en 1894 lorsque la célèbre actrice Sarah Bernhardt lui commande une affiche pour sa pièce Gismonda. Le style innovant de Mucha, avec ses lignes courbes et ses couleurs pastel, fait sensation et lance sa carrière. Il devient rapidement l’un des artistes les plus demandés de l’Art Nouveau, créant des affiches emblématiques pour des pièces de théâtre, des produits commerciaux et des événements culturels.
Son art devient un style à part entière, souvent appelé “Le Style Mucha”. Il se caractérise par l’utilisation de formes naturelles stylisées, de motifs décoratifs complexes et de figures féminines idéalisées entourées de fleurs et de plantes. Le principe est simple : transformer la nature en éléments décoratifs. Loin de se contenter de l’affichage, Mucha produit également des tapis, bijoux, décors et costumes pour le théâtre ou papier peints. Il étend ainsi son influence et des œuvres telles que les affiches des Quatre Saisons et Les Fleurs, deviennent des icônes de l’Art Nouveau.
Au début du XXe siècle, Mucha entreprend son Épopée Slave, un projet monumental : cette série de vingt peintures représentant l’histoire et la culture des peuples slaves. Financé par le philanthrope américain Charles Crane, ce projet l’occupe pendant près de deux décennies. L’œuvre est considérée comme l’une de ses plus importantes et des plus personnelles, reflétant son engagement envers l’identité nationale slave.
L’exposition Éternel Mucha dédie à l’artiste une mezzanine où est souligné son héritage et son influence. « Son influence artistique se manifeste dans le mouvement pacifiste hippie “Flower Power” des années 1960-70, dans les mangas japonais, dans les images de super-héros, dans l’art urbain et même dans l’atelier de tatouage », précise l’exposition dans son communiqué de presse. Et c’est justement cette influence, notamment sur la pop-culture, qui est mise en avant !
Yoshitaka Amano, créateur du jeu vidéo Final Fantasy ;la mangaka Ryōko Yamagishi, qui fait partie des femmes ayant influencé le renouveau du genre « shōjo manga » (bande dessinée pour filles) à caractère romantique dans les années 70 au Japon ; Akiko Hatsu, qui déclare de Mucha « qu’il stimule notre sens du beau » ; mais aussi des diffusions sur écran de la série Arcane (2021, Fortiche Production, diffusé sur Netflix), tirée du jeu League of Legends (2009, Riot Game) : longtemps après sa mort en 1939, Alphonse Mucha inspire toujours autant.
Mélangeant l’art de Mucha et la pop-culture des jeux vidéo d’aujourd’hui, Julien Georgel, directeur artistique de la série Arcane, explique :
« On s’est beaucoup attaché pour les décors à s’inspirer de notre monde à nous en particulier, mélanger plusieurs influences et essayer d’en faire quelque chose d’un petit peu nouveau mais qui garde des attaches avec la culture des spectateurs, qu’elle soit consciente ou inconsciente. (…) Piltover et Zaun sont deux villes jumelles dans une sorte d’époque de révolution industrielle, de nouvelles technologies, d’évolution culturelle très forte. En gros, c’est notre monde occidental au début du 20 e siècle, plus ou moins. (…). Dans la série, on a des références directes à Mucha, on peut s’imaginer qu’il y a un peintre qui a le même style que Mucha, qui vit dans Zaun, qui fait des peintures, des affiches, des publicités, un peu dans le même esprit. »
Alphonse Mucha, par son talent et sa vision, a laissé une empreinte dans l’histoire de l’art. Son style, marqué par des lignes courbes et des motifs floraux, continue d’inspirer des générations d’artistes à travers le monde. De ses affiches emblématiques à son Épopée Slave, Mucha a su capturer l’essence de son époque tout en transcendant les frontières culturelles. Aujourd’hui, son héritage perdure, influençant non seulement les arts visuels, mais aussi la culture populaire, des mangas aux jeux vidéo. Pour découvrir ou redécouvrir l’univers fascinant de cet artiste visionnaire, rendez-vous à l’exposition Éternel Mucha au MUSE Saint-Dizier, adaptation de l’exposition Éternel Mucha présentée en 2023 au Grand Palais Immersif Paris, une immersion incontournable dans le monde enchanteur de Mucha. A visiter jusqu’à la fin du mois d’août
Robert Duxbury est un peintre australien qui a troqué le Street Art pour la peinture en studio. A travers un univers sombre et mélancolique aux multiples inspirations, il incarne les souffrances profondes de l’être humain.
Robert Duxbury Instagram @robertduxburyart
Obscur, surréaliste, comme l’esquisse d’un conte truffé d’éléments historiques, voilà ce qui vient à l’esprit lorsque l’on découvre les créations de Robert Duxbury, un peintre originaire de Melbourne qui expose en Australie.
L’artiste, qui a évolué pendant 15 ans dans le Street Art, s’est lancé dans la peinture de studio après des années passées en Chine, dans la province du Guangdong. Là-bas, il découvre le style Gongbi, qui se caractérise par des traits fins et porte une grande attention au détail. En plus d’un an d’étude et d’analyse de cet art, Robert Duxbury raconte avoir entamé une longue période de travail sur sa santé mentale. Plus conscient de ses émotions, il est rentré à Melbourne transformé sur le plan artistique.
“J’ai arrêté de chercher un résultat qui représenterait quelque chose que je voulais exprimer et je me suis concentré sur le processus en lui-même, perçu comme un moyen d’explorer des émotions que je ne comprenais pas pleinement. Je créais à partir de mon subconscient, et j’apprenais leur signification”.
Robert Duxbury, pour la galerie BeinArt, Interview de 2021
Sa découverte de la peinture à l’encre en Chine se ressent aussi dans l’esthétisme de ses créations : rondeur du trait, grâce, et attachement à la représentation du visage. Robert Duxbury ne se cantonne pas à une technique de peinture : il utilise tantôt l’aquarelle, tantôt l’acrylique, et s’est mis à l’huile sur toile en 2023.
Sur Instagram, l’artiste s’identifie comme faisant du “néogothique kitsch” : il utilise des objets et attributs historiques typiques de l’art gothique et s’attache à l’individualité du personnage, dessinant des visages criants de vérité.
On peut aussi situer ses œuvres quelque part entre symbolisme, surréalisme et romantisme. Symbolisme parce qu’il figure des objets pour transcrire dans son œuvre des émotions sombres et profondes, celles qui occupent le subconscient humain. Le miroir cassé renvoie au cœur brisé, l’insecte à la souffrance, le nuage au rêve. S’il représente parfois la sexualité de façon explicite, notamment avec le coquillage, l’artiste confie puiser la plupart de ses inspirations dans son univers d’enfant, qu’il décrit : “Les souvenirs les plus prégnants d’art de mon enfance impliquent des illustrations issues de livres que j’ai lu. Je me rappelle très bien d’un ouvrage avec des images de la mythologie grecque, dépeignant des histoires cultes comme Jason et la toison d’or, des images fantastiques de chimères et de serpents.” (Interview pour The People’s print shop, 2022).
Dans son univers, on retrouve ainsi un attachement à la nudité, caractéristique des statues grecques, et des couronnes de fleurs, associées aux dieux de l’Antiquité. Certains décors, tenues et éléments surnaturels sont empruntés à l’univers médiéval. Mêlés à des éléments surréalistes, ils renvoient au genre fantaisie. Mais ici, pas d’héroïsme ni d’acte épique. Leurs regards sont profonds, perdus dans le vide, et racontent une forme de vulnérabilité. La pureté et la mélancolie qui ressortent des oeuvres renvoient à l’imaginaire romantique.
“Noble Retinue” – peinture de Robert Duxbury
“In this solemn place” – acrylique sur toile montée sur panneau de Robert Duxbury
Un geste politique
Par le Street Art, Robert Duxbury souhaitait transmettre un message qui soit accessible au plus grand nombre. Il n’est donc pas étonnant qu’il livre vouloir en transmettre un à travers ses peintures à l’huile. Sur Instagram, le peintre a récemment confié qu’en mettant au jour des tourments de l’âme humaine il souhaitait montrer que la tristesse existait en chacun. Esthétique et singulière, son œuvre se veut aussi utile et rassurante.
“Peindre la tristesse, c’est la valider. Quand on se sent heureux, on n’a pas besoin que cela soit validé, c’est facile de s’asseoir avec joie, de partager notre joie, les gens l’accueillent. S’asseoir avec douleur, partager sa peine, c’est une autre histoire. On peut se sentir comme un fardeau pour les personnes auxquelles nous nous confions, comme si nous propagions une maladie. Je crois que c’est pour cette raison que je peins ainsi. Pour que les gens puissent être vus et entendus, pour qu’ils ne se sentent pas seuls dans leur tristesse.”
Robert Duxbury, Instagram
La peinture sous laquelle l’artiste a confié ce dessein s’intitule “Empty steps”. Elle représente Pierrot le clown, célèbre personnage de théâtre qui est né à l’époque de la comedia dell’arte et symbolise, toujours aujourd’hui, la vulnérabilité et la blessure amoureuse. Poignant, ce tableau inspire presque l’horreur.
“Empty steps” – peinture à l’huile sur toile de Robert Duxbury
Pour le moment, l’artiste n’expose qu’en Australie et aux Etats-Unis, dans des galeries telles que BeinArtgallery ou Haven Gallery. Actif, il produit régulièrement de nouvelles toiles qu’il publie sur son Instagram. Les admirateurs n’ont qu’à espérer que son art s’exporte un jour en Europe.
Les peintures d’Alexander Klingspor, qui pourrait être qualifiées de psychologiques, explorent de nombreux sujets qui souvent reflètent sa vie et ses réflexions sur son environnement. Un peintre à la fois fascinant et provoquant.
Alexander Klingspor, une peinture guidée par des visions
Né à Stockholm en 1977, Alexander Klingspor grandit en Suède. Très tôt, il choisit de consacrer sa vie à l’art il s’intéresse aux peintres de la Renaissance, du baroque et aux mouvements artistiques de la fin du XIXe siècle. Il se forme alors auprès de l’illustrateur et peintre américain Mark English à Kansas City, dans le Missouri et de Magnus Bratt, un copiste du National museum of Sweden, spécialisé dans la peinture à l’huile du XVIe siècle. Ce riche apprentissage lui donne l’occasion d’explorer aussi bien les techniques de peinture des maîtres plus anciens que les procédés les plus récents.
Cluster II – London Fog
Peignant à partir de modèles vivants, son travail s’insère dans une tradition multi-figurative de grand format, entre réalisme et surréalisme. La douleur, le plaisir et le sexe font partis des thèmes récurrents de ses peintures. Les décors urbains, la décadence, l’obscurité et les scènes burlesques sont les motifs que vous retrouverez dans son œuvre.
« Une vie vécue avec un pied dans le passé et l’autre dans le présent devient une vie de questionnement. En tant qu’artiste, étudier l’art occidental et son histoire, c’est se rappeler que certaines choses restent les mêmes. Le bonheur, la beauté, la nostalgie, la vanité, l’avidité, la sexualité, etc. sont comme un fil conducteur à travers toutes les époques, aussi loin que l’on puisse remonter. L’époque dans laquelle nous vivons ne fait pas exception. Mon travail est une étude personnelle de la recherche existentielle à travers la peinture et une aspiration, une quête, d’une relation significative avec notre monde à une époque de bien-être matérialiste et de surconsommation. »
Alexander Klingspor lors de l’inauguration de l’exposition Prins Eugens Waldemarsudde au Museum de Stockholm.
Untitled I
Il décrit son inspiration comme étant le fruit de visions qui lui viennent aussi bien en rêve que dans sa vie éveillée. Elles sont le reflet de ses expériences, guidées par son intuition et son subconscient. Parfois, ce sont des années plus tard qu’il réalise pleinement leurs significations. Il préfère de ne pas essayer d’intellectualiser ses visions lorsqu’elles se présentent avant de les avoir peintes.
Souvent, ses tableaux évoquent des émotions contradictoires. Ce qui fascine et attire certains spectateurs est perçu comme une provocation par d’autres. Cela peut être vrai tant pour l’esthétique choisie que pour les motifs représentant des hommes, des femmes et des contextes sociaux.
Zoom sur quelques-unes des peintures d’Alexander Klingspor
À travers une série de peintures à l’huile d’Alexander Klingspor s’est amusé à jouer avec les idées de consommation et de goût : la manière dont nous nous habillons les uns pour les autres, dont nous suivons les codes non écrits des bonnes manières et de la hiérarchie, et dont nous assumons nos rôles. Dans ces toiles se succèdent homards surréalistes, carafes en forme de tête de cochon, éventails en dentelle étalés et poissons fraîchement pêchés tout droit sortis de siècles de natures mortes. Ces accessoires côtoient des âmes isolées au sein d’architectures sombres.
Hand and Spoon
Ham Baby (Butcher’s Feast ll)
Control
Aux côtés du romancier Salman Rushdie et du violoniste Ittai Shapira, il participe au projet Midnight’s Children qui consiste à faire le lien entre l’art, la musique et la littérature à partir de l’ouvrage éponyme publié en 1981. Il dépeint la transition de l’Inde du régime colonial britannique à l’indépendance. Trente ans après, cette histoire continue de résonner dans un monde de plus en plus conflictuel. Ainsi, l’idée est à partir de ces trois modes d’expression d’utiliser le réalisme magique comme moyen d’aborder le génocide, les conflits culturels et la guérison. À l’image du roman où se mêle le comique et le tragique, le réel, le surréel et le mythique, ce projet vise à montrer que l’expérience postcoloniale ne peut être exprimée par une polarité ou une unité occidentale ou orientale, publique ou privée, pas plus qu’un seul parti politique ne peut représenter tous les habitants de la nation.
Midnight’s Children Project
À la suite d’une commande pour la salle de conférence d’un cabinet d’avocats à Stockholm, en Suède, Klingspor réalise une série de peintures surréalistes sur des toiles en polyéthylène. Le peintre examine la relation complexe de l’humanité avec les océans et l’aspiration de l’homme à contrôler les autres formes de vie.
Controller
Burial at Sea II
Pour la salle de musique du château Art nouveau de Bjertorp, construit par le célèbre architecte suédois Ferdinand Boberg et l’homme d’affaires Knut Henrik Littorin au début du XXe siècle, il réalise une série de quatre tableaux. Réalisée en deux ans afin de se fondre au mieux aux couleurs et à l’ambiance générale de la pièce, celle-ci reproduit la chronologie d’une fête qui commence la nuit et se termine par une danse à l’aube. Des animaux de la région, fréquemment chassés pendant la saison de la chasse, ont été incorporés dans les peintures.
La chasse n’était pas quelque chose que j’avais déjà représenté dans mes scènes de dîner, mais j’ai toujours inclus des parties d’animaux pour refléter ce que nous, les humains, consommons.
The Moose Riders
Deer Dance
Alexander Klingspor a passé onze ans dans le Lower East Side de Manhattan, de 2008 à 2019, pour peindre la scène burlesque de la ville de New York. Reliée une nouvelle fois à une réflexion sur la consommation, il exprime sa fascination pour la performance de ces artistes dans la captivante série Eat the night.
La parisienne Marie Casaÿs a le cran de dessiner le tabou de tous ici. Les corps nus et en plein coït sont l’inspiration principale de l’illustratrice. Mais cette femme polyvalente a déjà prouvé à multiples reprises qu’elle pouvait tout reproduire sur le papier.
Sur Instagram, Marie Casaÿs poste ce qu’elle appelle les illustrations “#boulidulundi & Co”. Sur le hashtag, des corps emmêlés en pleine symbiose ou tout simplement des nus sont représentés de façon tangible et concrète. La jeune parisienne cherche ainsi à dépeindre la réalité intime de tous les genres et toutes les orientations à travers ses dessins. Une ambition audacieuse et non sans risque face à ceux qui s’aventurent à émettre un jugement.
Mais Marie Casaÿs, ce ne sont pas que des corps nus. Des anatomies dans leur plus simple appareil, l’illustratrice passe sans transition à la faune et la flore. Dans ce thème, des animaux de toute espèce sont crayonnés mais c’est également un message environnemental qui est retranscrit dans ces dessins.
Et si la nature reste un motif en retrait du nu, Marie Casaÿs revient rapidement à ses habitudes d’illustrer des corps, mais cette fois-ci habillés. Vêtus à la pointe de la mode, ces portraits ont l’objectif de justement imiter les mannequins. Souvent, le nu revient dans la l’ébauche du fashion pour alors reproduire une femme portant des sous-vêtements. Au final, ce genre artistique reste la signature première de l’artiste.
Déjà avec ses illustrations représentants la faune et la flore, Marie Casaÿs démontrait son engagement environnemental. En collaboration avec Atelier Gabrielle, la parisienne devait alors retracer le hêtre – un des principaux bois qu’utilise l’entreprise afin de fabriquer des objets éco-responsables pour les enfants. Depuis cette première collaboration, Marie a souvent redessiner pour leurs newsletters du mois.
La jeune femme s’est aussi inspirée des propos du fameux misanthrope Violente Viande, un compte Instagram depuis désactivé qui ne mâchait pas ses mots avec des phrases à tendance érotique et provocatrice.
Marie souhaite également transmettre ses goûts et passions à travers ses illustrations. Voilà comment est née la collaboration avec les clubs et djs : elle dessine le portrait d’artistes présents à des clubs techno et électro, comme c’est le cas de Concrete Paris.
À côté, la parisienne dessine pour des magazines tout aussi extravagants que ses illustrations. Pour le numéro 77 du NEON qui se décrit comme “sérieusement allumé”, Marie Casaÿs leur fera l’honneur de partager ses fameux nus explicites pour le dossier “Comment changer sa vie sexuelle ?”
Marie Casaÿs a tout simplement réinventé ce genre artistique qu’est le nu. Plus rien n’est tabou ni pudique, tout est imagé à la vue de tous. Et ce cran, c’est marqué et certifié par cette jeune artiste au talent inimitable.
Pour retrouver l’énergie et l’assurance de Marie Casaÿs dans tous ses détails, son travail est partagé sur son Instagram mais également sur son site internet. Et si vous avez apprécié son rayonnement, vous aimerez sans aucun doute celui de Vivian Greven.
Depuis près de 7 ans, l’artiste originaire d’Abidjan fait de ses cheveux son terrain de jeu et s’amuse à y tresser des symboles féministes et africains.
Fin 2016, Laetitia Ky n’a que 20 ans lorsqu’elle expérimente sa première œuvre d’art capillaire. Au-dessus de son crâne, elle tresse un sceau de Salomon, symbole spirituel représentant le monde. Elle enchaîne en créant les contours de l’Afrique, un rappel de l’amour qu’elle porte pour le continent qui l’a vu grandir.
Des œuvres célébrant la beauté du monde
Laetitia Ky sculpte des oiseaux, des crocodiles, des scorpions. Elle fige aussi des arbres, des modèles humains. Elle célèbre des valeurs universelles comme l’amour et la fraternité en tressant des cœurs ou des poignées de main.
Inventive et jamais à court d’idées, LaetitiaKy inonde les réseaux sociaux de ses œuvres surprenantes qui fascinent son audience. Chacun de ses post est repartagé des milliers de fois, si bien que son succès et son talent ont attiré de nombreuses marques.
Ces derniers mois, l’artiste ivoirienne a été approchée par Fenty Beauty, la marque de cosmétiques de la chanteuse Rihanna. Elle a aussi pu travailler avec Marc Jacobs en faisant porter ses sacs à ses cheveux (oui, oui, vous avez bien lu), ainsi qu’avec Apple dans le cadre d’une publicité.
Une technique époustouflante
Grâce à ses cheveux crépus, la hair-stylist réussit à former des locks. Elle les dompte ensuite en s’aidant de fils de fer et d’extensions capillaires. Ces faibles aides matérielles lui permettent tout de même de créer les formes qu’elle désire montrer au monde.
Laetitia s’amuse à faire de ses cheveux des prolongements des mains et à leur faire tenir des objets. Comme un grand enfant, elle leur donne aussi la forme d’une corde à sauter pour allier art et divertissement. Pour l’œuvre aux allures “cour de récré”, elle a d’ailleurs reçu un prix étrange… mais prestigieux. Le Guinness World Records lui a décerné le trophée du “Most skip over hair in 30 secs” (le plus de sauts au dessus des cheveux en 30 secondes). Présente dans le fameux Guinness Book 2022 pour cet “exploit”, Laetitia Ky se réjouit du plaisir d’obtenir un “record si drôle” sur son compte Instagram.
L’utilisation de ses cheveux naturels pour créer des œuvres d’art est une revanche pour elle, comme elle l’explique à France 24 : « Quand j’étais plus jeune, tout le monde se défrisait les cheveux, c’était ça la norme. Donc, jusqu’à mes 16 ans, je n’avais jamais vu en vrai une femme noire avec ses cheveux naturels ».
Laetitia Ky : une femme consciente des enjeux sociétaux
En 2022, Laetitia se focalise sur des œuvres purement féministes. Elle crée des formes d’utérus, de clitoris, ou encore le symbole du sexe féminin.
Dans la description de ses posts, elle relaie des témoignages que des femmes ont partagé avec elle. Elles y racontent des cas d’agressions sexuelles, de mutilation génitale… Pour Laetitia, mettre la lumière sur ces histoires, via ses magnifiques sculptures capillaires, est une manière d’alerter son public face aux abus que les femmes continuent de subir.
Les discriminations raciales et les violences policières constituent aussi un sujet essentiel pour la native d’Abidjan. En octobre 2020, elle représente un agent de la police matraquant un enfant. Via cette œuvre, elle alerte sur les violences policières que commet la SARS (Special Anti Robbery Squad), une milice qui procède à de nombreuses exactions au Nigeria.
Ses divers engagements ne lui ont pas apporté que du bon puisqu’elle a reçu des insultes et des menaces de mort après avoir portrait l’autrice J.K Rowling. En la considérant comme une « icône féministe », elle s’est attirée les foudres de la communauté trans. La créatrice d’Harry Potter est en effet dans leur viseur, après des propos controversés.
Laetitia Ky – Portrait de J.K Rowling
Malgré les quelques intimidations, Laetitia Ky continue son chemin. Les milliers de messages de soutien et d’amour reçus compensent amplement. Elle devient elle-même une icône artistique. Invitée à la Biennale de Venise en 2022 en tant que représentante de la délégation ivoirienne, elle y expose les photographies de ses coupes de cheveux les plus marquantes.
Son voyage artistique continue à prendre de l’ampleur puisque depuis le début du mois de juin, on peut retrouver un panel de ses œuvres dans la galerie d’art Lis10 à Paris. Mais aussi dans la ville de Rocca Sinibalda, en Italie, pour la fondation Una Boccata D’Arte.
Nul doute que ces opportunités motiveront encore plus Laetitia Ky. Celle qui impressionne par son originalité et les détails de ses œuvres n’est pas prête de s’arrêter de nous époustoufler.
Pour retrouver ses œuvres et son actualité, suivez Laetitia Ky sur Instagram.
Artiste visuelle basée à Prague, Sarah Dubná développe une œuvre singulière à la croisée de plusieurs pratiques : peinture, tatouage, et même, apiculture. Son travail s’ancre dans une exploration des gestes qui laissent des marques, des surfaces qu’on transforme, des tensions entre violence et soin. À travers des techniques de griffure, de perforation, et de suture, elle interroge notre rapport à la matière et à l’altérité, en mobilisant des références issues du posthumanisme et de la pensée queer.
Entre pratiques visuelles et apiculture
Issue d’un milieu scientifique, l’artiste a d’abord entamé des études de biochimie, avant de se tourner vers les arts plastiques. Cette double appartenance nourrit son travail, de par l’attention aux écosystèmes, la symbolique du soin, et la relation entre humains et non-humains.
En 2020, elle achève ses études à l’Académie des Beaux-Arts de Prague. Son projet de diplôme, Silent Exchange, présenté sous forme d’installation audiovisuelle, explorait la communication interespèces à travers une série d’entretiens menés auprès d’apiculteurs. En parallèle de sa formation artistique, elle a également étudiée l’apiculture, et s’intéresse particulièrement à la piqûre d’abeille, à la fois guérisseuse et potentiellement fatale. Elle poursuit actuellement une recherche doctorale à l’UMPRUM, où elle continue sa reflection autour des gestes de piqûre; qu’il s’agisse de ceux des abeilles, d’aiguilles à tatouer ou d’autres outils.
La colère comme force créatrice
Sa pratique visuelle se déploie sur des supports multiples : textiles récupérés, toiles, murs ou peau humaine. Elle explore la manière dont les matières réagissent lorsqu’on les met à l’épreuve, en testant ce qu’elles peuvent supporter et quelles sont leurs limites. Bien qu’abstraites, ses œuvres gardent quelque chose de très physique. Chaque marque, chaque entaille, raconte une histoire prise entre la violence et le soin, la colère et le calme.
La colère, justement, est un moteur important de sa démarche. S’inspirant de la pensée de Jack Halberstam, pour qui la colère peut devenir un espace politique à habiter collectivement, Sarah Dubná explore la rage comme une force agissante. Chez elle, la colère n’est pas destructrice mais transformatrice ; c’est un levier pour résister aux normes, et pour penser et panser autrement. Plutôt que de la réprimer, l’artiste choisit de l’habiter pleinement, de lui donner forme. Ses peintures griffées, coupées, réassemblées avec des agrafes ou de la colle, traduisent une volonté de comprendre cette énergie souvent discréditée, surtout lorsqu’elleémane de voix longtemps marginalisées, notamment de femmes ou des personnes queer. En se réappropriant et en embrassant la rage, elle en fait une force motrice, un langage du corps et du collectif.
Blesser pour guérir: l’aiguille comme outil de résistance
À la croisée de la pratique artistique et du tatouage, Sarah Dubná navigue entre deux mondes : celui, institutionnalisé, de l’art académique, et celui, plus mouvant et collectif, des réseaux queer autogérés. Elle s’intéresse au tatouage comme pratique socialement située et émotionnellement chargée, en particulier au sein des communautés queer et marginalisées.
Loin d’un simple geste esthétique, elle envisage le tatouage comme une forme de traumatisme conscient ; une transformation volontaire de la peau, à la fois douloureuse et réparatrice. Pour cela, elle crée des œuvres uniques, chaque tatouage étant conçu spécifiquement pour le corps de la personne qui le porte. Cette démarche reflète un rapport intime et singulier à la peau, qu’elle considère comme un espace d’expression et d’inscription des histoires personnelles, des désirs et des mémoires corporelles. Chaque tatouage devient alors une extension du corps, une intervention qui transforme la peau en une sorte de toile vivante, marquée à la fois par la singularité de l’individu et l’intention de l’artiste.
Les motivations individuelles croisent alors des enjeux plus larges : autonomie corporelle, genre, et résistance aux normes dominantes. L’acte de tatouage devient alors, comme le souligne l’autrice Roxane Gay, un acte de reprise de pouvoir sur soi-même.
L’artiste s’intéresse en particulier à des lieux alternatifs qui réinventent le tatouage comme espace de soin, de partage, et de résistance collective. Cette recherche s’enracine aussi dans des collaborations concrètes, avec des tatoueurs engagés comme le collectif MAG DRAG, dont les pratiques croisent pensée décoloniale et réflexion éthique sur l’usage de motifs culturels.
En mêlant sensibilité engagée et approche expérimentale, Sarah Dubná nous pousse à revoir le corps comme une archive vivante. À travers ses œuvres, qu’elles soient peintes ou tatouées, elle nous invite à envisager le corps et la toile comme un espace où se croisent les récits intimes, les douleurs vécues et les possibles inexplorés.
Retrouvez le travail de Sarah Dubná sur son compte Instagram.
À l’aide de différents objets, Vincent Bal donne vie à ses dessins. De manière stratégique, l’artiste les place de façon à ce que leur ombre complète les traits d’encre. Vincent Bal est un ombrologue.
Grand amoureux de la création
Avant de se découvrir une passion pour l’ombrologie, Vincent Bal était connu dans le monde du cinéma en tant que réalisateur et scénariste. Né dans le nord de la Belgique, à Gand, Bal évolue dans un milieu créatif. Fou de bande dessinée et de théâtre, c’est tout naturellement qu’il se tourne vers des études de réalisation de film à son entrée au Hogeschool Sint-Lukas de Bruxelles.
Sa troisième année est pleine de rebondissements. Il échoue en cours, mais se rattrape avec un projet vidéo scolaire. Un court-métrage de douze minutes, qu’il écrit et réalise, nommé “Ann zee”. Le succès est instantané. Bal assiste à la nomination de sa vidéo et gagne même quelques prix. Une fois diplômé, en 1994, il enchaîne les productions.
Avec ce travail qui lui prend énormément de temps, à quel moment dessine-t-il ?
Le dessin coule dans les veines de Vincent Bal
Eh bien, à peu près tout le temps ! Au début des années 2000, le nom de Vincent Bal se retrouve sur la couverture d’une petite série livre. Une partie dont il est l’illustrateur, et une autre pour laquelle il contribue également à l’écriture.
En 2008, il lui est possible d’entendre parler ses personnages dans l’adaptation de Kika & Bob. L’histoire d’une fille et d’un pompier qui parcourt le monde à la recherche du chat de cette dernière. Et puis, plus rien. Les dessins de Vincent Bal devenaient plus rares à trouver, il fallait attendre qu’il en poste sur ses réseaux sociaux.
Jusqu’à ce fameux jour de mai 2016. Sur une simple feuille blanche, une esquisse d’éléphant assez spéciale. Elle ne pouvait être comprise que si Bal plaçait une tasse sur le papier. Cette idée, de dessiner l’animal à trompe, lui est venue alors qu’il travaillait sur un scripte qui n’avançait pas. Impatient, il regarde autour de lui avant de poser son regard sur une tasse qu’il a ramené du Vietnam.
L’ombre du contenant formait un parfait ovale, tandis que celle de la anse ressemblait à une trompe d’éléphant. Il n’a pas attendu bien longtemps pour tracer les détails manquants.
La naissance d’un ombrologue
Vincent Bal n’est, bien-sûr, pas le premier à jouer avec les ombres dans la création de son art. L’illustratrice Sophi Miyoko Gullbrants l’accentue dans ses productions, tandis que la photographe Sara Latif s’en sert dans presque tous ses clichés. Cependant, il y a un côté amusant et addictif dans la conception des ombrologies de Bal.
Régulièrement, Bal partage ses créations sur les réseaux sociaux. Pour garder le suspense, il montre d’abord son dessin avant de dévoiler le résultat final, en plaçant l’objet choisi au bon endroit sur la feuille. L’effet est le même à chaque fois ; les internautes sont bluffés.
Avec un intérêt particulier pour le détail, Vincent Bal réussit à créer un personnage en lien avec l’objet dont il se sert pour amener l’ombre. Il utilise un radiateur pour représenter une personne qui a froid, une loupe pour un enquêteur, ou encore un appareil photo pour un touriste.
L’engouement pour cette forme d’art inédite donne à Bal l’idée de rassembler ses œuvres dans une série de livres qu’il nomme Shadowology et Shadow World. Visiblement, l’ombrologue n’est pas prêt de mettre fin à sa carrière unique en son genre.
Sur le compte Instagram de Vincent Bal, vous pouvez retrouver les différentes créations au moyen d’ombre qu’il partage pour le plus grand bonheur de tous.
Tim Beckhardt est un artiste américain indépendant, spécialisé dans les domaines de l’animation, de l’illustration et du design. Son univers chimérique se démarque de ses tiers, à la fois par la singularité de ses personnages, mais également par l’originalité de ses scénarios.
Son intérêt pour les travaux dessinés à la main et les designs atypiques ont fait de lui un élément remarquable de la scène de l’animation 2D. Sa carrière, enrichie depuis plus de dix ans dans l’industrie, lui a permis de créer un recueil de production diversifié : GIFs, bandes dessinées, impressions, films et illustrations…
Basé à New York, Tim Beckhardt a d’abord été formé à l’école de design de Rhode Island dès 2006, grâce à laquelle il a obtenu en 2009 le diplôme académique du BFA (Bachelor of Fine Arts, ou Baccalauréat en Beaux-Arts en français). À cette époque, deux de ses productions les plus marquantes éclosent : Pellet Gunn (2008) et Inner Tubes (2009). Pellet Gunn est son film de première thèse en 2008. Il s’agit d’une animation décrite par l’artiste comme « Un chien, un cyclope et d’autres tuent le temps à l’aide de trous de ver et d’auto modifications. » Il s’agit d’une œuvre intrigante et imprévisible qui développe une tension captivante tout le long de ses 2 minutes 17.
Son second film étudiant de 2009, Inner Tubes, son film de fin d’études en dernière année à l’école de design, est quant à lui décrit comme « un regard franc sur les relations entre tubes et trous. » Après l’obtention de son diplôme, l’artiste développe sa créativité, son identité visuelle et son esthétique incomparable.
Au fil des années, Tim Beckhardt s’est entouré d’une sphère visuelle unique en son genre. Entre squelettes, monstres, faucheuses… La plupart de ses personnages sont tirés du surnaturel et du monde postapocalyptique, mais on retrouve aussi certaines fois des personnages humains. Ses œuvres mélangent humour, réflexion et dessins énergétiques.
L’importance de la couleur
Si ses premières productions sont en noir et blanc, Tim Beckhardt intègre dès 2012 de la couleur dans celles-ci pour les rendre plus vivantes, contrastant les personnages souvent morts. Ces couleurs sont souvent très vives et acidulées, mais conservent toutefois une linéarité dans l’œuvre. La plupart du temps, Tim Beckhardt utilise quatre couleurs primaires qui mènent ses tracés. Dans son affiche Fresh de 2012 par exemple, on retrouve trois couleurs : le rose, le bleu et le blanc.
Un parcours professionnel enrichi par les collaborations
Collaborant avec de nombreux studios d’animation sur des publicités et courts métrages, notamment Cartoon Network et Nickelodeon, le nom de Tim Beckhardt devient récurrent sur de nombreux projets divers. En 2014, il devient designer d’arrière-plans pour des séries TV telles que Ridin’ With Burgess, Universal Brawlers of the Universe ou encore City Island.
Avant cela, il avait aussi été membre du personnel des Augenblick Studios, de 2009 à 2013, où il avait occupé les rôles d’animateur, de designer et d’artiste story-board pour des projets comme Ugly Americans, le film Zoolander : Superhero ou encore un clip musical pour l’artiste Weird AI Yankovic.
En janvier 2016, il devient directeur artistique chez Mighty Oak, Yeboss.co en freelance où il dirige et anime des œuvres courtes telles que des identités visuelles pour la boîte Adult Swim.
Actuellement, il travaille avec divers clients et studios en tant qu’animateur et designer freelance, tout en produisant également des œuvres personnelles dans les domaines de l’animation, de la gravure et de la bande dessinée.
Où contempler ses œuvres
Vous pouvez retrouver l’intégralité de ses productions sur son compte Instagram mais aussi son compte Tumblr où il partage ses œuvres personnelles avec sa communauté. Vous trouverez également son portfolio sur son site.
Si son contenu vous plaît, je vous invite à découvrir l’univers coloré de R3DO ainsi que le travail de Gazhol et ses personnages peu communs.
“Comme chaque portrait à son style, chaque personne a sa personnalité.” ⸻ Tadanori Yokoo.
Les affiches, à la fois psychédéliques et sombres, de Tadanori Yokoo repoussent les limites entre l’art, le design et la politique. Considéré comme une icône avant-gardiste du design graphique des années 1960-1970, Tadanori Yokoo revendique l’authenticité de ses créations en s’opposant à tout mimétisme.
L’artiste Tadanori Yokoo est né en 1936 à Nishiwaki, dans la préfecture de Hyōgo, au Japon. D’abord graphiste et illustrateur dans une imprimerie, il travaille aussi comme graveur et peintre, et ses affiches lui apportent rapidement la reconnaissance en tant que designer dans la scène artistique expérimentale et avant-gardiste de Tokyo. Dès 1957, il remporte le prix du Club des artistes publicitaires japonais. Il n’a que 21 ans à l’époque. Quelques années plus tard, en 1961, il gagne la médaille de bronze et d’argent au Club des directeurs artistiques de Tokyo.
Ses inspirations
Ses inspirations sont multiples. Dans un premier temps, il s’inspire du pop art, notamment de l’artiste américain Roy Lichtenstein, mais aussi d’Andy Warhol, pour l’impact des couleurs vives accumulées. Il s’inspire également du mouvement du surréalisme et de celui du dadaïsme pour ses œuvres. Il combine des références japonaises classiques, tel que le soleil levant, avec la culture occidentale et le progrès technique qu’il symbolise par les trains à grande vitesse. Enfin, il utilise la technique du collage comme une marque distinctive.
Il explore de nombreuses thématiques souvent censurés, telles que la religion, la guerre, le sexe et les mutations sociales d’après-guerre. Dans son œuvre intitulée Ballade dédiée à un petit doigt amputé, l’artiste évoque le yubitsume, un rituel pratiqué par les yakuzas, qui consiste à couper eux-mêmes une portion de leur petit doigt afin de réparer les fautes commises envers leur oyabun.
Tadanori Yokoo développe également un attrait pour les portraits. Ce qu’il recherche dans ces derniers, c’est avant tout l’authenticité. Dans une interview offerte à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, Tadanori Yokoo explique : “Comme chaque portrait à son style, chaque personne a sa personnalité. ” Pour lui, chaque portrait doit utiliser des styles uniques et propres à chacun.
L’évolution de sa carrière
Ses premières œuvres marquantes
En 1965, il publie l’une de ses affiches les plus marquantes : “Having Reached a Climax at the Age of 29, I Was Dead”, une œuvre imageant son “suicide artistique”. En premier plan, le corps de l’artiste, pendu, une rose à la main, surplombe l’image. À l’arrière-plan, on retrouve le symbole du soleil levant, rappelant à la fois son pays natal et une volonté de rayonnement. En bas de la composition, à gauche, il présente une photo de lui-même à l’âge d’un an et demi, symbole de renaissance selon les critiques. À l’opposé, on trouve un cliché de plusieurs adolescents, et un poing fermé qui ne laisse dépasser que le pouce en signe de provocation.
Plus tard, en 1981, il affirme vouloir se consacrer à la peinture, tout en conservant les techniques du design graphique japonais. S’inspirant de ses prédécesseurs occidentaux, il conjugue technique et héritage japonais pour créer un style totalement indépendant et inimitable.
Collaborations et implications
Tadanori Yokoo s’est associé à de grandes figures de l’art. Il a collaboré avec de nombreux graphistes renommés tels que Fukuda Shigeo, Nagai Kazumasa, ou encore Tanaka Ikko. En 1966, il s’allie à Isamu Kurita pour promouvoir et réaliser les illustrations de son livre.
Le Sogetsu Art Center
Dans les années 1960, il a également réalisé de nombreux projets pour le Sogetsu Art Center, lieu qu’il fréquentait souvent quand il était plus jeune. Il a par exemple élaboré de nombreuses affiches pour le centre d’art, notamment pour des événements de théâtre et de danse.
L’artiste s’est aussi essayé à l’animation expérimentale, en collaborant avec les ingénieurs et musiciens du SAC. Il propose, lors de la Sogetsu Cinematheque 11 : le festival de l’animation, en 1964, deux animations nommées Anthology No.1 et KISS KISS KISS.
Les expositions du Moma et de la Fondation Cartier
En 1965, il entre au MOMA, dans le cadre de l’exposition Word & Image, qui sera suivie d’une exposition personnelle en 1972. Il faudra attendre 2006 pour que l’artiste arrive en France dans une exposition proposée par la Fondation Cartier pour l’art contemporain.
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Parmi les nombreuses œuvres présentées par la galerie Mennour à l’occasion d’Art Paris, une toile se vend dès le premier jour pour 80 000 euros. Cette très belle vente est celle de Dhewadi Hadjab, un artiste algérien originaire de M’Sila, formé aux Beaux-Arts d’Alger, de Bourges et de Paris qui n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il développe depuis quelques années une pratique particulière à l’intersection entre scrupule et lâcher prise. Lauréat de l’aide à la production Rubis Mécénat en 2021, Dhewadi Hadjab est aujourd’hui représenté par la galerie parisienne Mennour, qui lui dédie récemment deux solo shows : Acte I : Vaciller en 2023, et Acte II : Fragmenter en 2024.
« J’ai toujours voulu créer de l’action dans mes images, c’est pourquoi je peins des gens. Ce sont les gens qui ont introduit l’action dans mes images depuis le début »
Le travail de Dhewadi Hadjab, c’est d’abord des corps peints dans tous leurs états. A l’endroit et à l’envers, tendus et contorsionnés, pliés et recourbés ; les corps que l’artiste nous donne à voir sont le cœur battant d’une toile au sein de laquelle ils introduisent l’imprévisible et l’instable. Pour l’artiste algérien, le décor qu’il construit – le canapé aux lignes stables qui rappellent le format de la toile et le parquet régulier à l’excès – sert à ancrer le corps dans l’espace. Le corps humain est l’enjeu de la toile, il introduit l’action et la tension, qui deviennent palpables dès lors qu’elles contrastent avec la fixité du cadre. Dans ses prises de paroles, Dhewadi Hadjab affirme que pour lui, la représentation de l’Homme ne doit pas être statique, il puise ainsi son inspiration dans l’univers du théâtre et notamment dans le travail de Pina Bausch dont il cite souvent le nom. Le nom de ses deux premières expositions personnelles à la Galerie Mennour font écho à l’importance qu’il accorde au monde du spectacle vivant : Acte I et Acte II renvoient directement à la façon avec laquelle les corps du jeune artiste sont théâtralisés, parfois jusqu’à l’incongru et au spectaculaire.
« La peinture est très physique en ce qu’elle est, peindre des scènes d’homme en action me procure un grand plaisir. C’est un des aspects du comportement humain qui m’intéresse le plus. C’est un instinct, et c’est mon instinct de le peindre. »
Francis Bacon
Malgré la dimension théâtrale de la pratique de Dhewadi Hadjab, les corps ne se veulent pas entièrement chorégraphiés. L’artiste accorde une place au naturel lors des séances photos au cours desquelles il capture l’image qu’il peint par la suite. S’il affirme souvent arriver aux séances photos avec une idée en tête concernant la posture du modèle, il dit aussi : « Quand j’étais aux Beaux-Arts d’Alger, j’ai une amie qui est danseuse et j’assistais aux répétitions, et le moment que j’aimais le plus c’était quand les danseurs et danseuses commencent à répéter un geste ou un mouvement, les premiers essais. C’est presque des loupés parce que le corps n’est pas habitué à ce mouvement. Je trouve ce mouvement là, cette cassure, cette posture vraiment cassée plus intéressante que le mouvement final tout fin tout propre ». (Interview de l’artiste, Exposition Acte I : Vaciller, 2022). Loin du policé et du cérémonieux, la touche lisse et minutieuse de Dhewadi Hadjab ne peint pas des images polies.
« Comment piéger la réalité ? Comment piéger l’apparence sans en faire une illustration ? C’est un des grands combats, une des grandes excitations d’être un artiste figuratif aujourd’hui. »
Une fois tout cela établi, la pratique de Dhewadi Hadjab pourrait sembler porter en elle le risque de la répétition – un style photoréaliste, des éléments de décors que l’on retrouve d’une toile à l’autre, des corps en torsion – mais il n’en est rien. Comme chez d’autres artistes dont le pratique peut être qualifiée de photoréaliste, les codes du travail de l’artiste algérien ne sont pas un carcan mais un tremplin. En 2021, il crée pour l’Eglise Saint-Eustache de Paris un diptyque à travers lequel il renouvelle son approche. Dans cette Chapelle Cerasi contemporaine, l’habituel canapé est remplacé par un prie-Dieu, et la solennité du lieu et de l’entreprise semblent avoir poussé l’artiste à viser le spectaculaire. L’instabilité de la pose, la représentation de la tension du corps à travers les orteils et les doigts recroquevillés et le fort clair-obscur se rejoignent pour marquer durablement le spectateur. A travers son exposition récente Acte II : Fragmenter, Dhewadi Hadjab renouvelle son approche en représentant des corps incomplets, cachés par d’autres éléments du décor ou seulement partiellement capturés par un cadrage resserré. L’objet et l’enjeu de l’œuvre semblent ainsi devenir secondaires, le spectateur se retrouve alors face à une toile déconcertante de simplicité qui n’en devient que plus intrigante.
Entre statique et dynamique, entre silence et tension, entre instable et immuable, Dhewadi Hadjab fraie son propre chemin et nous donne à voir des œuvres captivantes et sobrement frappantes. Suivez son actualité sur ses réseaux sociaux.
Originaire de Normandie et installé à Paris, Où est le D a redécouvert le dessin lors du confinement. À travers ses vidéos sur les réseaux sociaux, il transforme des objets abandonnés en véritables œuvres d’art, les laissant dans la rue pour être récupérés par des passants, réinventant ainsi le cycle habituel du déchet. Bercé dans la culture hip-hop, le street artiste nous invite, à travers ses créations, à se questionner sur notre place dans la ville et dans le monde.
Beware! : Ayant grandi dans la culture hip-hop, j’imagine que tu puises tes inspirations un peu partout. Lesquelles sont-elles ?
Je m’inspire des tags, des couleurs et des formes qui m’entourent, ainsi que dans celles et ceux qui redonnent vie à la ville en lui offrant une autre lecture, loin des murs uniformément gris ou blancs. J’aime évidemment regarder le travail d’autres street artistes avec lesquels j’ai grandi, comme Grems, dont j’apprécie particulièrement l’univers. On m’a aussi souvent associé à Keith Haring. Tous deux partagent une vision d’un art accessible, qui se propage, une approche qui résonne profondément.
Tu parles de l’importance de la diffusion et l’accessibilité de l’art son accessibilité. En quoi consiste le tien ?
Il s’inscrit dans l’héritage du street art qui prône avant tout la liberté d’expression. C’est d’abord le reflet de ma passion, mais il y a aussi une dimension thérapeutique : ça fait du bien de dessiner. Le but de mon travail est vraiment de créer un voyage. « OùestleD » pousse les gens à se plonger dans le dessin, pour s’y évader et réfléchir aux détails présents. Le paysage est à la fois complexe, car riche en éléments, et simple dans ses formes. Cela permet aux gens de s’approprier mes créations et d’y trouver, pour chacun, son propre message.
On retrouve en effet dans chacune de tes créations ces mêmes personnages et mêmes formes. Quelles significations y’a-t-il derrière ?
Deux personnages en sont constitutifs. Le premier, avec une grosse bouche, un gros nez et sans yeux, passe son temps à poser des questions. Il est apparu très tôt dans mes dessins, de manière intuitive et naturelle. L’autre personnage est plus souple, avec un grand corps, une petite tête et des yeux. Ils incarnent respectivement deux facettes présentes en chacun de nous : l’adulte et l’enfant. D’un côté, l’adulte, en proie au doute, est en quête de sens et d’identité ; de l’autre, l’enfant, plus léger, observe simplement le monde autour de lui, sans problématique particulière. Aujourd’hui, les deux personnages sont en train de se rencontrer. Je crois que c’est significatif.
Tu disais plus tôt que dessiner était thérapeutique. Avec la signification de ces deux personnages, y trouves-tu un accomplissement de toi-même ?
J’accorde une place centrale à l’intuition et à la spontanéité. Le dessin traduit ce que je suis et ce que je pense. Les nouveaux éléments que j’introduis dans mes créations sont aussi le reflet des nouveautés dans ma vie. Il y a un lien hyper fort entre mon art et moi : on se définit mutuellement.
Tu peux réaliser tes créations sur différents supports (toiles, objets dans la rue…) Comment ton art a-t-il évolué au fur et à mesure du temps ?
J’ai commencé sur papier, mais influencé par la culture hip-hop, j’ai rapidement ressenti le besoin presque instinctif de faire ça dans la rue. Comme une pulsion. Je réalisais alors des petits tags et des collages un peu partout. J’ai ensuite ressenti le besoin d’affirmer mon identité. Je suis passé à la toile et j’ai commencé à louer des espaces pour organiser mes premières expositions de manière plus structurée. En me baladant dans les rues, j’ai remarqué que les encombrants qui m’entouraient offraient un nouveau support pour m’exercer, un médium à la fois accessible, urbain et légal. Faute de place pour les ramener chez moi, j’ai décidé de les mettre en scène sur mes réseaux sociaux en proposant aux gens de les prendre. Je souhaitais aussi redonner un coup de pinceau, une seconde vie donc, à des objets destinés à être broyés. Poétiquement, je trouvais ça beau.
Aujourd’hui, tu travailles avec des villes et des particuliers. Comment est-ce que ces projets prennent forme ?
Ça s’est un peu fait par hasard. Un jour, quelqu’un m’a interpellé en me proposant de faire ça chez lui. Il m’a donné les clés de son appartement et j’ai réalisé une fresque sur l’un des murs de son salon. En tant qu’indépendant, je mets moi-même mon travail en valeur, à travers les réseaux sociaux notamment. Après avoir partagé cette expérience, j’ai reçu plein de demandes de particuliers. Aujourd’hui, certaines entreprises ou personnes me contactent pour que je fasse la même chose chez eux. Je reçois aussi de plus en plus de demandes de festivals et de mairies.
Le street art devient de plus en plus populaire auprès des gens. Comment expliques-tu cela ?
Il s’est imposé dans les villes, mais aussi dans les goûts et les imaginaires collectifs. Le terme est devenu plus large, presque générique : les styles se diversifient et les lignes bougent. Un peu comme pour le rap, certains débattent encore de ce qu’est ou non le “vrai” art de rue , mais au fond, ce n’est pas ce qui compte le plus. Chaque artiste, d’une manière ou d’une autre, est lié à l’art urbain. Le street art est avant tout une façon de s’approprier l’espace, de manière compulsive. Par exemple, les tags sont des moyens d’égayer les murs. Aujourd’hui, les mairies investissent de plus en plus dedans. Il y a, bien évidemment, l’effet de mode mais aussi une vraie volonté d’améliorer la vie urbaine.
Le street art devient un outil de transformation des villes aux côtés de la végétalisation et de la piétonisation.
Installé à Pittsburgh, en Pennsylvanie, Andy Kehoe est un artiste diplômé de Parsons School of Design à New York. Son art est un mélange de peintures sur toiles et d’art digital et graphique. Dans une ambiance énigmatique et onirique, l’artiste nous transporte dans son univers chimérique où les émotions sont le moteur du pinceau.
En s’intéressant davantage à l’artiste derrière ses œuvres, nous en apprenons en réalité plus sur les motivations de son art et sur l’imaginaire grandissant dans lequel naisse chacune des créations de Andy Kehoe. Faut-il y voir un mensonge non-dissimulé ou un camouflage d’une réalité bien plus complexe ?
Son histoire est divisé en cinq parties aux titres aussi surprenants qu’interpellants : The Strange, Sad, and True Story of Andy Kehoe, Days as a horse, Andy’s Dark Past, Dreams Outside of the Art, Random Threats Leveled at Andy on the Streey by Absolute Strangers. On y découvre le parcours totalement délirant de l’artiste : né puis élevé par des iguanes sur les îles Galapagos, il a ensuite vécu une vie de cheval rebelle au sein d’un gang de chevaux voyous voleurs de pommes et mordeurs d’enfants. Transformé en humain par une sorcière après avoir été vidé de son énergie, il subit le rejet de ses anciens amis et peine à trouver sa place parmi les humains. Il est ensuite trahi par les villageois alors qu’il vivait en démon dans une forêt roumaine, ce qui nourrit en lui une soif de vengeance. Plus tard, durant la Première Guerre mondiale, il découvre le bourbon grâce à un soldat américain blessé, et cette boisson marque un tournant : il se comporte mieux et renonce à la violence et à l’agressivité pour communiquer. La dernière partie raconte de curieuses agressions aléatoires qu’il a pu connaître au cours de sa vie aux États-Unis. À travers ce récit fantasmagorique, une nouvelle lecture des œuvres se dévoile. Certains éléments présents sur la toile prennent alors un sens plus clair. L’ambiguïté reste volontaire pour offrir à chacun la liberté d’interpréter et laisser parler les émotions à travers chaque œuvre.
Créatures surnaturelles, environnements fantastiques, contrastes entre couleurs vives et moroses…L’univers d’Andy Kehoe est riche en fantaisie. Ses toiles prennent toutes place en pleine nature, dans une forêt ou au bord d’un lac, avec un animal ou une créature mystique au centre. Lorsqu’il ne s’agit pas d’un chat ou d’un cerf, la créature prend la forme d’une sorcière ou d’un esprit flottant habillé d’une longue cape translucide. En pleine nuit étoilée ou au lever du soleil, le temps paraît suspendu dans la forêt où se côtoie, pendant un instant, animaux et êtres extraordinaires. Leurs yeux perçants, orangés ou bleutés, nous fixent, comme si nous venions d’interrompre un moment secret.
Andy Kehoe nous embarque dans un voyage singulier au coeur d’une forêt à la fois mystérieuse et mystique. Son art se veut aussi thérapeutique : “Bringing these images out from the dark, conceptual ether and into the light of reality has always been the most magical part of creating”. Entre tranquillité et énigmes, ses oeuvres éveillent la curiosité. Le contraste entre les couleurs vives et lumineuses, comme l’orange ou le rose, et les teintes plus sombres, comme le vert ou le bleu foncé, reflètent la dualité profonde de la forêt : un lieu à la fois magique et inquiétant.
Amateur de science-fiction et de pop-culture, Scott Listfield s’inspire des films, des séries et des musiques qui nourrissent son quotidien. Redonnant vie à ses rêves d’enfants, il nous plonge dans des univers parallèles riches en références populaires, où il s’interroge sur le monde qui l’entoure, à travers le personnage d’un astronaute.
Quand l’art comble un vide
Après avoir voyagé un temps en Europe après l’obtention de son diplôme, Scott Listfield choisit de revenir aux États-Unis, à Boston. De retour dans sa ville natale, le jeune adulte s’interroge profondément sur sa place dans le monde. En quête d’un sentiment d’appartenance et de réconfort, revenir dans sa ville d’origine lui semble naturel et logique. Pourtant, malgré ce retour aux sources, un sentiment de déconnexion persiste, et l’artiste ne se sent toujours pas aligné. Animé par ce sentiment d’être étranger au monde, il souhaite réaliser une série de peintures qui retranscrit ce sentiment si particulier.
En regardant pour la première fois “2001, l’Odysée de l’espace” de Stanley Kubrick, Scott Listfield est profondément marqué. Alors que l’an 2000 approche, il prend conscience qu’il vit dans le “futur” imaginé cinquante ans auparavant, et que ce dernier n’a rien à voir avec les promesses de la science-fiction. Personne ne vit sur la Lune, les voitures ne volent pas et les robots ne partagent pas notre quotidien. Le décalage entre les rêves du passé et la réalité du présent marque le point de départ de ses peintures, avec un protagoniste : un astronaute.
Un protagoniste particulier
L’astronaute représente le dessinateur, une projection mêlant l’adulte qu’il est aujourd’hui et à l’enfant qu’il était avant. En effet, l’imaginaire, souvent associé à l’enfance, disparaît au fur et à mesure du temps, jusqu’à quasiment s’effacer à l’âge adulte. Souvent représenté de dos, l’astronaute avance et observe, à distance, le monde qu’il a devant lui, rempli d’éléments anachroniques et de références populaires. Il semble à la fois habitué et étranger à ses paysages.
Des univers à la fois parallèles et réalistes
Les paysages que visite l’astronaute s’inspirent avant tout de lieux que Scott Listfield côtoie dans son quotidien ou lors de ses voyages. Temples asiatiques, maisons nordiques, déserts du sud des États-Unis… autant d’endroits éloignés géographiquement, mais qui forment des mondes plausibles. Dans ces derniers se glissent régulièrement des éléments inattendus, comme les logos de grandes enseignes (Uber, MacDonald’s, In’N’Out Burger,Starbucks…). La magie du protagoniste de Scott Listfield réside dans sa capacité à exister dans des univers parallèles toujours plus surprenants. Au milieu d’un désert, il peut croiser des chameaux, mais aussi les ruines d’un vieux restaurant In’N’Out, surplombé d’un ciel traversé par des aurores boréales.
L’influence des films de science-fiction est marquée dans certaines toiles, où l’on découvre des paysages apocalyptiques. Des bâtiments ordinaires deviennent inquiétants, transformés par des détails dystopiques qui attirent notre attention : comme des immeubles transpercés par un vaisseau. Les problématiques contemporaines, telles que la guerre et l’omniprésence du numérique, s’immiscent dans ses peintures. Ces univers alternatifs, en apparence lointains, entrent en résonance avec notre réalité. Ils ravivent ce sentiment d’impuissance que nous pouvons éprouver face à certains événements du monde actuel.
L’omniprésence de la culture populaire
En plus de l’omniprésence de son astronaute, les peintures de Scott Listfield regorgent de détails parfois anodins, parfois plus symboliques. La lune y apparaît à différentes phases de son cycle, les dinosaures traverses les décors et les époques modernes, et des icônes contemporaines apparaissent au fond du décor. Amy Whinehouse sur une fresque, David Bowie à la place d’une pierre…L’artiste aime aussi glisser des références musicales à ses toiles. En 2023, il consacrait une série de toiles à des albums marqueurs de son répertoire musicale : RUN DMC, Stevie Wonders, The Strokes…
Pour en découvrir plus sur son art, son site retrace toute sa carrière. Son instagram : @scottlistfield
“Tu t’es retrouvé·e dans un endroit sombre — à toi de décider s’il s’agit d’une plantation ou d’une sépulture”. C’est sur cette sentence ambivalente que s’ouvre Uprooted, la nouvelle installation immersive de l’artiste néerlandaise Puck Verkade, bientôt présentée à De Nederlandsche Bank à Amsterdam.
Par ses installations immersives, Puck Verkade façonne des univers à la fois étranges et familiers, oscillant entre fable poétique et manifeste engagé.
Conteuse des corps et des paysages en crise
L’œuvre de Puck Verkade s’inscrit au croisement de la critique sociale, de la poésie absurde et d’une exploration intime des questionnements personnels. Par une démarche immersive et souvent ludique, elle aborde des thématiques complexes telles que la vulnérabilité du corps, les jeux de pouvoir, les enjeux liés à la maternité, ainsi que notre relation fragile à une nature en pleine crise.
Breeder, installée à Durst Britt & Mayhew
Son travail se distingue par une esthétique hybride, mêlant savoir-faire artisanal et technologies numériques, où l’absurde et le fait main deviennent des outils essentiels pour interroger les normes sociales et déconstruire les récits dominants. En investissant des formes narratives décalées, peuplées de personnages souvent loufoques, Verkade crée un espace où humour et gravité s’entrelacent.
Doing Lucy, installée à Schimmel Projects, Dresden Art Center
Plongée dans les paradoxes du vivant : les univers singuliers de Puck Verkade
Entre absurdité et urgence, l’œuvre immersive de Puck Verkade donne corps à nos tensions intérieures à travers des personnages-avatars aussi surprenants que touchants. Qu’il s’agisse du pigeon confu, d’une mouche en colère ou d’un démon intérieur, ces figures étranges incarnent avec une ironie à la fois tendre et déconcertante les voix étouffées, les doutes et les conflits qui nous habitent. Loin des récits simplistes et binaires, Verkade crée des espaces où la complexité et la contradiction trouvent toute leur place, offrant ainsi une expérience artistique riche en nuances et en questionnements.
Unborn : le nid fragile de la liberté reproductive
Dans Unborn, l’artiste incarne un pigeon aux prises avec les enjeux complexes de la parentalité et des droits reproductifs. Le personnage construit son nid, se questionnant sur sa part de désir personnel et la part de conformisme biologique et pression sociétale. Cette fable prend une résonance politique forte dans le contexte actuel où le contrôle des corps des femmes est au cœur des débats mondiaux. Unborn explore avec rare franchise les émotions ambivalentes liées au choix reproductif (doute, culpabilité, honte), des territoires encore peu explorés dans la culture populaire.
MU Hybrid Art House, Eindhoven, The Netherlands
Plague : la voix discordante de la solastalgie
Avec Plague, Puck Verkade change de perspective et prête sa voix à une mouche domestique frustrée, personnage à la fois grotesque et lucide, qui fantasme l’extermination humaine. En mêlant humour noir et réflexion écologique, l’œuvre déploie le concept de “solastalgie”, cette douleur existentielle provoquée par la destruction progressive de notre habitat commun. La mouche devient alors un messager entre intérieur et extérieur, révélant les parallèles troublants entre la détresse écologique globale et les crises psychiques individuelles. Plague tisse ainsi un lien fort entre la santé de la Terre et celle de nos esprits, soulignant une souffrance collective à plusieurs échelles.
16e Biennale de Lyon: Manifesto Of Fragility. Commissaires: Sam Bardaouil & Till Fellrath
Bait : chants d’huîtres et morsures du pouvoir
Bait se présente comme une installation vidéo où se confrontent, à travers le regard métaphorique d’huîtres fraîchement ouvertes, les abus de pouvoir dans leurs dimensions environnementales et sexuelles. L’œuvre interroge les langages du pouvoir et les mécanismes sociaux de solidarité et de crédibilité, dans un cadre ambivalent entre lit et cage, fait d’acier et de latex. L’animation d’Ophelia, emblématique héroïne préraphaélite, reprend vie en revendiquant son autonomie via une chanson disco féministe, accompagnée d’un chœur d’huîtres qui questionnent le consentement. L’eau, omniprésente, irrigue cette fable puissante, symbolisant à la fois la vie, la sexualité et la fragilité écologique.
Matrescence et crise écologique : les racines d’Uprooted
Travaillant à la frontière du film, de la performance et de la sculpture, Verkade construit ici un environnement fait de carton recyclé et de papier mâché. Ce décor, à la fois théâtral et organique, évoque les couches de terre blessées ou les strates d’un corps en transformation. On y entre comme dans un terrier. C’est un espace souterrain, utérin, où les récits de maternité, d’effondrement écologique et de soin s’enchevêtrent. À l’écran, une fable éco-féministe se déploie, portée par une voix narratrice, des animations dessinées à la main, et une bande-son envoûtante composée par Thomas van Linge, partenaire de l’artiste.
Uprooted, capture video peinte et modifiée par l’artiste
Le film met en scène une coexistence spéculative entre humains, plantes et animaux, où la hiérarchie se dissout au profit d’une interdépendance vibrante. Le fils du couple, présent à l’image, inspire les créatures hybrides du récit : figures tendres et absurdes qui incarnent les fragilités écologiques léguées aux générations futures.
Uprooted, capture vidéo
Inspirée par l’hypothèse Gaïa qui considère la Terre comme un organisme vivant, l’œuvre invite à un renversement de perspective : et si nos corps et nos paysages étaient un seul et même tissu, traversé de vulnérabilités partagées ? Cette idée s’étend dans la série de sculptures photographiques Rabbit Hole, un corpus d’images où Verkade transforme des photos prises pendant sa période de post-partum en portraits absurdes, encadrés de racines. On y perçoit autant l’étrangeté de la matrescence, que l’angoisse de donner naissance à un enfant dans un monde instable et incertain.
Uprooted, capture vidéo
Avec Uprooted, Verkade signe une œuvre à la fois délicate et lucide, funambule entre terre et rêverie, qui prend soin de ses contradictions sans chercher à les résoudre. L’installation ne délivre ni réponse ni morale, mais ouvre un espace de trouble fertile, un lieu d’habitation commune pour nos doutes, nos fragilités et notre espoir. C’est un appel à habiter ensemble ces zones d’ombre et de transformation, où la perte et la renaissance se mêlent inextricablement.
Uprooted, capture vidéo
Uprooted, capture vidéo peinte et modifiée par l’artiste
Uprooted, capture vidéo
Retrouvez le travail de Puck Verkade sur son site, sur Instagram, et sur Vimeo.
Yuri Shwedoff est un jeune artiste Russe originaire de Moscou. Adepte de la peinture digitale, il s’est constitué un univers apocalyptique intense et riche en paysages. Sa vision de la fin du monde nous présente côte à côte des phénomènes extraordinaires et des personnages fantasmagoriques.
Tout droit sortis de rêves ou de séries comme la très célèbre production américaine « Heroes », ses sujets évoluent entre les ruines d’un monde passé.
Un univers noir, superbement mis en scène qui nous plonge dans un paradoxe total : entre scène meurtrière et atmosphère lugubre plane cet effet de calme absolue. Un silence à la fois tranquille et morbide qui s’échappe des réalisations de l’artiste moscovite.
Yuri Shwedoff est depuis quelques années membre de l’Union des artistes de Moscou. Il puise son inspiration dans les discussions qu’il a régulièrement avec ses amis autour de l’état actuel du monde : les guerres, l’inquiétude omniprésente, les conflits géopolitiques… L’univers qu’il dessine est dystopique (ou pas…) où l’on pourrait bien vivre dans quelques années, à devoir survivre, chasser, un peu à la manière des séries apocalyptiques comme The Walking Dead ou Game of Thrones. Selon lui, les artistes sont nécessaires pour survivre dans un monde comme le nôtre. En s’exprimant à leur manière, chaque artiste permet aux gens de comprendre ce qu’ils peuvent ressentir au plus profond d’eux.
L’art est non seulement un moyen de comprendre, à travers différents prismes, le monde qui nous entoure mais aussi de nous comprendre nous-mêmes. Le progrès vient lorsque le travail introspectif a été fait en amont et les artistes sont comme des messagers de cette pensée-là.
Née en Corée du Sud et ayant grandi dans une banlieue majoritairement blanche de l’Utah, Anna Park a appris très vite à observer le monde qui l’entourait. Étant l’une des seules jeunes filles non-blanches de son école, elle a développé un regard critique et distancié sur les représentations féminines (normes de beauté, injonctions sociales…). Ces thématiques occupent une place centrale dans ses œuvres.
Ses premiers pas dans l’art
Victime d’isolement dans son enfance, elle se réfugie dans le dessin et participe régulièrement à des concours. Après avoir remporté l’un d’entre eux, elle est repérée par son mentor qui l’introduira au fusain. Elle suit tout au long de son enfance des cours extrascolaires d’arts. Elle poursuit ensuite des études artistiques à l’institut Pratt de Brooklyn et obtient sa maîtrise de beaux-arts à l’Academy of Art de New York. En 2019, lors d’un bal organisé par son école pour sa dernière année d’études, l’artiste KAWS, de son vrai nom Brice Donnelly, est présent en tant qu’invité d’honneur. À cette occasion, plusieurs œuvres d’étudiants sont exposées, dont celles d’Anna Park. La carrière de cette dernière prend rapidement son envol lorsque KAWS partage l’une de ses toiles sur ses réseaux sociaux. Dans les années qui suivent, l’artiste sud-coréenne participe à ses premières expositions collectives à New York, Los Angeles et Tokyo, avant de tenir sa première exposition personnelle au SCAD Museum of Art, à Savannah.
Quand l’art devient un moyen de lutte féministe
Anna Park puise son inspiration dans la culture populaire américaine, mêlant expériences personnelles et références communes. Dans sa dernière collection, Look, look, elle intègre des expressions comme « Thank You », « Just Imagine », « Good Girl » qui évoquent l’univers de Roy Lichtenstein, figure emblématique du pop art américain. Sourires éclatants aux dents parfaitement alignées, coiffures et maquillage impeccables : tout nous ramène aux publicités américaines stéréotypées des années 1950. Mais derrière ces éléments volontairement ringards, se glissent des détails plus culottés, qui nous invitent à questionner les représentations féminines. Dans plusieurs œuvres, Anna Park met en scène des parties dénudées du corps féminin, soulignant l’hypersexualisation que ce dernier subit.
Toujours accompagnée de ses fusains, Anna Park compose ses toiles en noir et blanc. Elle constitue chaque détail minutieusement pour représenter au mieux les idées qu’elle tente de transmettre. En effet, ses dessins de plus de 3 mètres de long sont des satires de la société contemporaine. L’artiste joue avec le male gaze, soit la perspective d’un homme cisgenre hétérosexuel présente de manière omniprésente dans les médias et dans la culture visuelle. Son exposition Mirror Shy est une compilation de scènes de voyeurie. Entre regards insistants et pervers, scènes obscènes, la seule chose qui ne change pas est le sourire et le regard des femmes représentées. Comme un manifeste féministe, ces œuvres viennent embarrasser intentionnellement le spectateur.
Un art anti-conformiste
Enfin, Anna Park accorde une attention particulière aux expressions de visage, un aspect central de son travail. Son exposition Tennis en est une illustration parlante, associant observation minutieuse et un sens de l’humour aiguisé. Elle parvient à saisir, à la manière d’une photographie, l’instant où le geste athlétique se conjugue à une mimique intense, mélange de concentration, de rage et de détermination.
À mi-chemin entre art abstrait et art figuratif, ses toiles capturent des scènes du quotidien dans un tourbillon frénétique. Une violoniste en plein concerto, une célébrité sous les projecteurs ou encore des personnes en soirée : les personnes représentées sont en mouvement permanent. Cette impression de vitesse et de chaos donnent à ses œuvres une dimension cinématographique, où le spectateur a parfois du mal à saisir immédiatement ce qui se joue devant lui.
L’intégralité de ses collections sont sur son site et le reste de nos découvertes artistiques sont à retrouver dans la rubrique Graphisme et Découvertes !
L’artiste dead seagull est une artiste numérique polonaise qui crée des illustrations médusantes de personnages énigmatiques, tirés de son univers sombre et dystopique, le tout en célébrant la beauté des femmes. Elle propose ses contenus sur différentes plateformes, telles qu’Instagram ou X.
L’influence du symbolisme japonais et du mouvement cyberpunk
L’artiste présente des œuvres représentant des figures féminines, souvent des geishas ou des personnes de royauté, selon leurs coiffures distinctives, leurs maquillages blancs et leurs lèvres fréquemment foncées par une palette de rouge et de noir. Les accessoires et les vêtements permettent également d’évoquer le néo traditionnel Japonais.
D’autre part, l’artiste fusionne les symbolismes japonais au mouvement cyberpunk, apparu dans les années 1980, par les palettes de couleurs choisies et l’univers dystopique dans lequel évoluent ses personnages. En effet, la plupart de ses œuvres sont habillées par des couleurs en néons et des couleurs saturées. Les teintes fluorescentes, les contrastes incisifs et les détails exagérés et distordus se mêlent au néo traditionnel Japonais pour offrir un affrontement entre tradition et modernité. Les personnages possèdent une apparence futuriste malgré les accessoires historiques de la culture japonaise.
Le contraste entre l’élégance et l’horreur
Un second contraste visible dans les œuvres de dead seagull est la séparation entre l’élégance féminine et l’horreur de détails macabres. Concernant les couleurs dominantes, elles soulèvent une ambiance mystérieuse et sombre : le rouge, le noir, les teintes de pastel chaudes comme le beige et l’orange créent une ambiance à la fois dramatique et envoûtante. Les personnages sont parfois surréalistes et difformes, créant un univers entre l’épouvante et la fascination.
Les femmes illustrées portent une expression calme, parfois avec un léger sourire énigmatique, et leurs silhouettes prennent des positions aux interprétations multiples : dans cette œuvre, nommée Queen Of Heart, la femme représentée porte ses mains à sa poitrine qui semble soit l’arracher, soit l’offrir. De plus, les femmes présentent parfois des larmes rouges et du sang. Leurs corps sont parfois recouverts partiellement d’un rouge sanglant, malgré la sérénité de leurs visages.
Queen Of Heart
L’ambiguïté entre pouvoir et souffrance
Lorsqu’on regarde attentivement les œuvres de l’artiste, on remarque une ambiguïté de la frontière entre pouvoir et souffrance. Le pouvoir est d’abord présenté par le symbolisme de la femme puissante et mystique, surnaturelle, opposé au symbole de fragilité que la femme peut présenter dans l’art. Une aura divine se dégage de ces personnages.
De plus, ces femmes possèdent parfois des armes, signe de pouvoir violent. Cependant, ses armes sont fréquemment en train de les blesser, de les faire souffrir. La présence de larmes et de sang appuie cette souffrance ressentie par les personnages. Le spectateur se questionne alors sur l’interprétation ambiguë des œuvres qu’il doit en faire : ces femmes sont elles fortes, puissantes face à ce qu’elles subissent ou sont-elles fragilisées et meurtries ? Une interprétation libre à chacun.
Vous pourrez retrouver l’intégralité du travail mis en vente par l’artiste ici, et vous pouvez suivre son actualité sur ses réseaux sociaux Instagram et X. Si cet article vous a plu, nous vous conseillons de jeter un œil à cet article sur Guillermo Lorca, artiste qui joue de la limite entre beauté et horreur dans un travail stupéfiant.
Installée à Berlin, l’artiste portugaise Mariana Vale da Cunha, aussi connue sous le nom de Boniu, porte en elle plusieurs mondes. À la fois illustratrice et photographe, poète du digital et de l’analog, elle avance avec un pied dans chaque univers. Ses illustrations colorées, faites sur Ipad, et ses photographies argentiques, intimes et sensibles, semblent naître de sources différentes, et sont comme deux continents reliées par des ponts invisibles. Boniu est une artiste qui ne se résume pas, qui contient des multitudes et les laisse coexister sans chercher à les fondre en une seule voix.
Lignes, couleurs et mondes intérieurs
Formée au design graphique, Boniu s’est initiée à l’illustration en autodidacte, explorant le trait, la couleur et la narration, et remplissant des centaines de carnets de croquis depuis sa plus tendre enfance, avant de se tourner vers l’illustration digitale.
Certaines de ses images ressemblent à des pages d’un journal intime visuel. L’un représente la douce lumière d’un lever de soleil caressant le visage d’une femme allongée avec son chat (instant suspendu qui frôle l’autoportrait). Une autre montre une femme aux cheveux courts qui semble cultiver un jardin luxuriant, reflet de sa force tranquille et d’une douceur enracinée. A la fois puissantes et sensibles, les femmes de Boniu habitent des mondes où la fragilité se mêle à la résilience.
Invitation au merveilleux
Entre ses mains, des mondes merveilleux se tissent et se détissent. L’artiste créé des univers fantastiques à la fois carnet de voyages, récit de science-fiction, album de famille, et rêve éveillé. Tous ses univers se répondent et s’ignorent tout à la fois.
Composant des scènes peuplées de figures de sirènes, de femmes aux pouvoirs magiques et de créatures venues d’océans intérieurs, son univers oscille entre tendresse et puissance, comme si chaque image ouvrait la porte d’un monde parallèle où l’imaginaire féminin et queer se déploie librement.
Dessiner pendant la fin du monde
Bien que ses dessins soient oniriques et colorés, ils sont également parfois traversés d’inquiétudes. On y devine les échos discrets de thématiques plus sombres : la crise écologique, l’angoisse contemporaine, le besoin de se reconnecter à quelque chose de plus vivant, de plus vrai.
Le numérique lui offre un terrain de jeu foisonnant, où l’absurde et le poétique s’entrelacent, dessinant des paysages tendres sur les ruines d’un monde brisé. On y croise une astronaute géante qui se cogne nonchalamment aux planètes, fumant sous son scaphandre; métaphore d’un monde à bout de souffle. Dans une autre scène, la même astronaute traverse un monde en feu, tout en conservant son air blasé. « Je suis arrivée en retard pour l’apocalypse, mais j’ai apporté une glace. », lit la description humoristique de l’artiste.
Cet humour absurde traverse aussi d’autres œuvres; comme une scène improbable d’un poisson en scaphandre savourant des sushis. Ces visions étranges, à la fois décalées et chargées de sens, sont autant de métaphores que de miroirs tendus à sa propre manière de traverser le monde : avec lucidité, gravité et une conscience aiguë de ses fragilités comme de celles qui nous entourent.
Une double pratique
En parallèle, sa photographie, presque exclusivement réalisée sur pellicule, est beaucoup plus intime. Boniu photographie ses proches, ainsi que des artistes et musiciens, capturant leur fragilité, leur intériorité, leurs zones floues. Le grain de l’argentique, la lumière naturelle, les instants suspendus : tout participe à créer une œuvre qui respire avec lenteur et intensité.
Dans une série d’autoportraits, l’artiste se met en scène dans l’océan Atlantique, le visage rougis, coupant ses longs cheveux dans les vagues. Ce geste fort, empreint de symbolisme, s’ancre dans la croyance que les cheveux gardent la mémoire. En les laissant partir, l’artiste se libère du poids du passé.
Cette performance est devenur le point de départ d’une installation poétique et photographique participative, où elle a invité les visiteurs de son exposition à écrire ce qu’ils souhaitaient laisser partir, et à offrir une mèche de cheveux; créant ainsi une archive collective du lâcher-prise, un espace partagé de deuil et de transformation.
À travers son travail, Boniu interroge les façons dont nous habitons nos émotions, nos corps et nos souvenirs. Entre dessin et image, réel et rituel, elle tisse un langage artistique qui parle de vulnérabilité comme d’un pouvoir.
Vous pouvez retrouver le travail de Mariana Vale da Cunha sur son compte Instagram et sa page Behance.
Sur un fond neutre, Kevin Foote représente des portraits féminins au visage fermé. Un rendu final qui évoque le travail d’un photographe lorsque l’on découvre les œuvres pour la première fois. Pourtant, ce sont bien des coups de pinceaux qui sont à l’origine de ce résultat.
Us
Daisey
Il n’est question que d’art pour Kevin Foote
Kevin Foote est un artiste-peintre originaire de la ville de Chicago, dans l’Illinois aux États-Unis. Foote y reste pour poursuivre ses études supérieures aux Beaux-Arts, à l’Université de Columbia et à l’Institut des Arts de Chicago. Diplômé, il décide de déménager à Austin, au Texas, pour y ouvrir une petite galerie d’art.
Like Humans Do
Always
Une aventure qui prend fin plusieurs années après avoir débuté. Une décision de l’artiste afin de se rapprocher de sa famille. Ce qui ne veut pas dire que Kevin Foote arrête complètement de peindre. Au contraire ! L’artiste partage régulièrement ses créations sur les réseaux sociaux et permet à sa communauté d’acheter les peintures de leur choix avec son site internet.
Fuck It I Love You
She Will Destroy You
Lammy
Un petit retour au 17e siècle avec l’utilisation de différents types de peintures
Les peintures de Kevin Foote sont d’une simplicité sans nom. L’arrière-plan change en fonction de l’intensité de lumière qu’il veut apporter, mais les couleurs restent les mêmes. Il n’utilise jamais de tons vifs ni trop colorés, se contentant d’une variation de beige et de gris. Une bonne façon de ne mettre que le sujet de son tableau en avant.
Now I’m Gone
Sunday Mornin
Le plus impressionnant dans le travail de Foote reste sa technique d’illustration particulière. Bien que cela n’est pas aussi précis qu’aux temps des primitifs flamands, on ne peut pas nier l’effet photographique que certaines de ses œuvres peuvent procurer. Un besoin de réalisme, si célèbre au 17e siècle, qu’il n’est pas le seul à ressentir aujourd’hui. En France, c’est l’artiste Wayne Danza qui remet ce courant artistique au goût du jour au moyen d’un stylo bleu.
Flightless Bird
Lost In Queens
Pour la réalisation de ses portraits, Kevin Foote ne se limite pas dans l’utilisation d’un seul type de peinture. Il préfère les mélanger. Et il ne choisit pas les plus simples à manipuler ensemble, puisque ses peintures de prédilections sont l’acrylique et la peinture à l’huile. Si la première est connue pour sécher rapidement, ce n’est pas le cas de la seconde.
Née en 1995 et basée au Caire, Alaa Ayman est une jeune artiste dont la participation récente à plusieurs foires d’art contemporain – Art Cairo, Abu Dhabi Art Fair, Menart – n’est pas passée inaperçue. Après un diplôme obtenu aux Beaux-Arts en 2018, elle continue ses études au Studio Khana for Contemporary Art and Cultural Development au Caire et peint en 2024 une série de toiles, The Wedding, où une mélancolie douce est tempérée par un discernement tranquille et éclairé.
Alaa Ayman travaille systématiquement à partir de ses propres photos et vidéos ; dans The Wedding, elle partage au spectateur le déroulement d’un mariage. Prennent alors vie sur les toiles hommes et femmes en mouvement – des danseurs, un chanteur, les invités en tenues de fête. Mais les traits des visages sont flous, les coups de pinceaux rapidement brossés, la toile blanche parfois visible. L’esthétique inachevée des toiles nous renvoie à ce qu’elles sont : des représentations de souvenirs lointains, devenus flous, au sens propre et figuré, pour celle qui les peint. The Wedding ne constitue pas la représentation picturale d’un mariage, mais l’incarnation de réminiscences, que l’artiste a construites à partir de photos et vidéos. Alaa Ayman nous donne ici à voir ce dont nous avons déjà tous fait l’expérience : face à un vieil album photo ou à une vidéo que l’on retrouve sur un CD ou un ancien appareil, on se rappelle vaguement du moment capturé, on s’arrête quelques secondes pour essayer de raviver le souvenir, mais celui-ci devient rarement plus qu’une bribe, avant de s’évanouir, de nouveau, dans les méandres de notre mémoire.
Alaa Ayman place l’expérience et les interactions humaines au cœur de ses préoccupations. Ses compositions, vivantes et dynamiques, sont pleines de vie ; les personnages représentés dansent, se regardent, certains se tiennent la main, applaudissent, chantent. Lorsque l’on s’attarde sur les toiles, on se rend compte que le caractère indistinct des visages n’est pas un obstacle à la compréhension de l’état d’esprit des invités : on comprend que les enfants restent timidement à proximité de leurs parents ; que les adultes les plus à l’aise se lèvent pour danser tandis que d’autres préfèrent applaudir, en retrait ; que certains se recoiffent lorsque le photographe approche, soucieux de faire en sorte que leur cliché soit flatteur. Pour comprendre The Wedding, le spectateur est amené à faire appel à ses propres souvenirs, il mobilise son expérience pour comprendre le sens des mouvements esquissés et des regards suggérés. Nous nous prêtons alors au même exercice que l’artiste, et sommes ainsi également mis face au caractère faillible de notre mémoire ; nos souvenirs incomplets et ceux d’Alaa Ayman se rejoignent. Que faire alors face à un constat que beaucoup peinent à supporter, nous oublions ce que nous avons vécu, ce qui nous a fait réfléchir, ce qui nous a fait rire et sourire, et ce que nous ne pensions jamais oublier.
Pour Alaa Ayman, ce n’est pas les visages et les interactions individuelles qui importent le plus, c’est l’empreinte que l’association de tous les rires, sons et couleurs a laissée sur elle : loin du pittoresque et de l’anecdotique, les toiles témoignent d’un moment, d’une ambiance. L’artiste ne fait pas le deuil des visages qu’elle a oubliés ou des photos qui ne lui rappellent rien, elle célèbre ces moments et enjoint le spectateur à en faire de même. The Wedding est un espace que l’artiste ouvre au spectateur, mais elle ne l’invite pas à la mélancolie ou à la langueur ; au contraire, à mon sens, Alaa Ayman nous intime à nous réjouir, à nous satisfaire, de la même façon qu’elle se réjouit, se satisfait, et fait honneur à ses souvenirs, à travers cette série.
Avisée, Alaa Ayman ne laisse pas la mélancolie et la morosité gagner ses compositions. Ses souvenirs joyeux restent joyeux, le temps qui a effacé les visages n’efface pas l’impression agréable qu’ont imprimée sur elle ces moments précieux. Comme bon nombre d’artistes, elle célèbre sa vie, à sa façon.
Moy Zhong est une directrice artistique, designer et vidéographe sino-américaine originaire du Missouri. Ses créations varient entre travail personnel et collaborations multiples.
Originaire d’un baccalauréat en journalisme à l’Université de Missouri-Columbia, avec une option en narration numériques et en études est-asiatiques, elle poursuit toutefois la voix de l’art digital en proposant ses compétences à diverses entreprises et en produisant un art personnel, lié à son histoire.
Un art personnel, glorifiant son histoire
En ce qui concerne ses productions personnelles, Moy propose un univers thérapeutique et coloré, reprenant les thèmes du bien-être, de ses origines métissées et de l’environnement. Ses œuvres offrent un univers onirique et varié, positif et agréable, sur des sujets délicats mais abordés avec légèreté.
Eye Therapy
The (Re)Birth of Personal Wellness
Sam’s lost his mind (Concept A)
Sam’s lost his mind (Concept B)
Poster pour ABC? American, but Chinese?
Un art élargi à différents formats
D’un autre côté, Moy Zhong produit également de nombreuses œuvres visuelles, balançant entre le cadrage cinématique et documentaire expérimental.
ABC? American, but Chinese est un contenu réalisé, tourné, monté et illustré par Moy Zhong. Une ode à ses origines sino-américaines et à ce combat identitaire. Un produit visuellement qualitatif et riche dans son fond et sa forme.
En 2020 et 2022, elle crée également un merch pour ses origines asiatiques : Unificasian.
“ En 2020, j’ai créé un graphique célébrant six régions d’Asie pour l’événement de bienvenue de l’Association américaine d’origine asiatique de MU, Unificasian. Le graphique mettait en vedette une créature mythique de chaque région, qui a été affichée et imprimée sous forme de dessin au trait sur des t-shirts. En 2022, ma ville a organisé son premier festival « Lotus in Bloom », une célébration du mois de l’histoire de l’AAPI avec l’AAA, où j’ai été invité en tant que vendeur d’art. À la demande générale de mes amis et de mes pairs, j’ai imprimé et ramené les t-shirts Unificasian, désormais avec plus de couleurs et de fanfare. ”
Un parcours marqué par les collaborations
L’autre facette de son art se livre dans les collaborations : Vox Magazine, The Public Press, la National Public Radio, Smooth Media… Elle apprécie pouvoir imager l’univers d’une personne, en étant tantôt Designer Graphique, tantôt Directrice Artistique ou bien titulaire d’autres casquettes dérivées.
Vous pouvez suivre l’actualité de Moy Zhong sur Instagram ! Si cet article vous a plu, vous pouvez jetez un œil sur notre récent article sur l’artiste BottlingSunshine, artiste indépendant.e d’Instagram.
Ivan Solyaev est un artiste conceptuel et directeur d’art freelance basé à Tbilissi, la capitale de la Géorgie. Il explore dans ses œuvres un univers chimérique faisant écho à des hallucinations cauchemardesques. Ses créations sont à la fois l’objet de fascination et de réflexion sur le potentiel imaginaire de chacun.
“This is all about darkness”
Un conte de fées ténébreux, inspiré par son parcours
Formé à l’université d’Irkoutsk, de 2002 à 2007, il se lance en tant que directeur artistique et concept artiste dès 2005, notamment dans les projets de jeux vidéo. Il sera alors illustrateur, concept artiste, directeur artistique, artiste principal et designer UI et UX pour des projets comme Disciples 3, Little Reaper, Planet of Heroes ou Bombastic Brothers. Par la suite, il parvient à travailler pour des clients prestigieux comme Intel Corporation (2013) ou encore Trehlmer Film et leurs publicités (2010 à 2012).
En parallèle, son univers artistique se développe. Inspiré par les jeux vidéo de l’époque, Ivan Solyaev célèbre la beauté de la vie et de la mort, montrant aux yeux de tous la présence d’un espoir au plus profond de l’obscurité. L’artiste conceptualise la beauté de l’épouvante, une beauté épurée, fantaisiste et onirique.
Ses œuvres, rappelant l’environnement de nos mauvais rêves, explorent une tendresse complexe, par des personnages symboliques aux traits fantastiques : il utilise notamment des animaux, parfois majestueux, parfois frêles, pour montrer cette pureté de la nature, qu’il combine à une variation de textures et de sensations.
Into the Warm Darkness
Le 29 février 2024, il expose sa série de 12 œuvres, intitulée Into The Warm Darkness, inspirée par les contes et l’univers obscure de l’artiste. Cette série d’œuvre offre une expérience immersive. A la fois visuelle et auditive, la série vous transporte dans un univers sombre mais surtout doux et délicat.
« Puis-je vous expliquer, au sens figuré, cette beauté ? L’amour ? Probablement pas. Mais je peux créer un contexte aussi proche de cette réalité que possible et je ne peux qu’espérer une compréhension et une résonance chez vous. »
Si vous souhaitez suivre le travail d’Ivan Solyaev, n’hésitez pas à regarder aussi son compte Instagram, vous trouverez également toutes ses plateformes juste ici! Si cet article vous a plu, nous vous conseillons de lire cet article sur les productions de Guillermo Lorca, grand artiste chilien.
Le peintre Martyn Cross, né en 1975, exerce son art à Bristol en Angleterre. Chacune de ses oeuvres s’apparentent à des peintures murales médiévales qui dépeignent des paysages accompagnés de motifs figuratifs.
Martyn Cross, Even Night is not Night Enough, 2023
Représentées avec une palette de teintes terreuses, les peintures de l’artiste dévoilent un univers semblant provenir d’un autre temps. L’artiste puise ses inspirations dans le médiéval mais aussi dans le « weird fiction » (fiction étrange, ndlr), courant littéraire du XXe siècle explorant des thèmes sombres, mystérieux et surnaturels.
Des peintures usées et patinées de Martyn Cross
La palette de l’artiste se distingue par ses couleurs terreuses. Elles permettent d’apporter un aspect ancien à ses oeuvres. Le flou contribue aussi à cet effet esthétique recherché par l’artiste. Ses œuvres se distinguent également par un effet de texture saisissant, donnant l’impression qu’elles sont granuleuses. Les toiles sont donc transformées en surface s’apparentant à des fragments de mur.
Martyn Cross, Surfacing, 2022
Martyn Cross, Pork Scratching, 2022
Un caractère allégorique
Les symboles et formes apportent une narration aux peinture de Martyn Cross. Globes oculaires, soleils, lunes et mains sont massivement présents dans les oeuvres de l’artiste. Ils apportent un aspect mystique, voire divinatoire à ses peintures. Les paysages sont souvent représentés avec une certaine dualité. Dans la peinture Dark Warm Holes (2022), par exemple, deux soleils apparaissent à l’horizon de l’océan. Les environnements du peintre se caractérisent aussi par leur hybridation. Ils sont faits de nature, d’astres et de formes humaines. L’aube, représenté dans la peinture Monument (2022), se dévoile alors comme le réveil d’un être humain.
Martyn Cross, Dark Warm Holes, 2022
Martyn Cross, Monument, 2022
Martyn Cross, A Thousand Voices Answer, 2022
Focus sur les oeuvres de Earth Hymns
En 2021, le peintre se voit consacrer sa première exposition intitulée Earth Hymns. Les paysages de l’artiste prennent vie, se transformant en êtres humains. L’idée qui émane des toiles exposées dans Earth Hymns est que les humains ne sont finalement que des êtres issus de la terre, leur singularité réside dans leurs émotions profondes.
Martyn Cross, A Hole Through Which Power Comes, 2021
Martyn Cross, Muddy Rumours, 2021
Toutes les oeuvres de Martyn Cross sont à retrouver sur son compte Instagram ! Dans un style tout à fait différent, l’artiste Sébastien Thibault réalise des illustrations dont les symboles dénoncent les travers de notre société. N’hésitez pas à jeter un coup à l’article dédié à cet artiste aux créations d’une couleur éclatante.
Jana Sojka est une artiste d’origine polonaise basée au nord de l’Angleterre. Elle nous plonge dans un univers tout droit sorti de son imaginaire à travers la photographie expérimentale, l’animation ou encore le collage.
L’émergence artistique de Jana Sojka
Jana Sojka grandit en Pologne jusqu’à ses vingt ans, dans un monde très éloigné de l’univers artistique. Aucune place n’était accordée à l’art dans son enfance. En grandissant, Jana se fascine par une multitude de médiums artistiques. Elle commence à documenter sa vie en tenant toutes sortes de journaux dans son adolescence, qu’elle auto-détruisait par peur que sa mère ne tombe dessus. Il y a maintenant douze ans que l’artiste achète son premier appareil photo argentique dans une brocante, et qu’elle ne le quitte plus. C’est alors que ce vieil appareil photo devint l’instrument à travers lequel elle pouvait capturer et partager son regard unique sur le monde.
« À l’époque, nous voyagions beaucoup et je voulais documenter les paysages et les gens. Entre-temps, j’ai réalisé des projets personnels tels que “The Spirit of the Past” ou “Symbiosis”, afin de traiter mon passé d’une manière ou d’une autre. 2015 a été l’année de la naissance de ma fille Helena, et j’étais entièrement concentrée sur elle. Je n’arrivais pas à faire quoi que ce soit. Je voulais, mais je ne pouvais pas. Je pense que j’ai beaucoup lutté pendant cette période, mais j’ai aussi réalisé que c’est le processus de la vie, et que le jour où je recommencerai à “ressentir” viendra et sera beaucoup plus intense et mature. »
Jana Sojka pour Paris Collage Collective
La photographie comme inspiration première
Jana Sojka travaille sur un large éventail de médiums. Elle s’épanouit notamment à travers la photographie, l’animation, et les collages. Pour elle, chaque médium occupe une place importante à un instant bien précis. « Il y a un bon moment pour la photographie (nuit) et il y a un bon moment pour la collation (hiver), mais ils sont devenus une unité à la fin. », affirme-t-elle lors d’une interview pour Jugaad Mag. La photographie reste pourtant le premier médium employé par l’artiste, et son moyen d’expression le plus encré en elle : « Je fais aussi des animations analogiques, mais c’est la photographie qui a primé. Elle est devenue un compagnon incroyable dans les bons comme dans les mauvais moments. Elle allait de pair avec ma vie quotidienne et, très souvent, je l’utilisais comme une sorte de thérapie. »
L’artiste se laisse influencer par le cinéma précoce et le stop-motion Si le cinéma muet et expérimental donne une impulsion aux images en mouvement de Jana, elle commence réellement à explorer l’animation à travers la photographie. Aujourd’hui, l’artiste continue de repousser les limites de son art, plongeant dans de nouvelles formes d’expression pour élargir encore davantage son répertoire créatif. Son parcours artistique est une invitation à explorer les multiples facettes de l’art et à embrasser le pouvoir de l’imagination.
Retrouvez l’univers expérimental de Jana Sokja sur son site web.
Si le travail de Jana Sojka vous a plu, découvrez le travail géométrique expérimental de Mike Hung sans plus attendre.
Lev Khesin, artiste russe né en 1981, a collaboré avec la prestigieuse maison de couture Berluti. Ses œuvres sont le fruit de superpositions de couches de silicones pigmentés, créant ainsi des compositions inspirantes qui rappellent le travail préliminaire des peintres avant la création picturale finale.
Lev Khesin, Spresa, 2019
Le travail artistique de Lev Khesin se distingue par le support qu’il utilise. Ce dernier exploite tout le potentiel du silicone pour créer des œuvres qui absorbent l’attention. Cette matière offre de nombreux avantages. Elle peut être facilement moulée, coulée, sculptée ou appliquée selon les besoins artistiques.
Lev Khesin, Isontin, 2016
Mélanger les substances
Le processus de création de l’artiste allie habilement la peinture et le silicone. Lev Khesin mélange cette matière transparente avec une multitude de pigments. Puis, il superpose les diverses couches de silicone coloré. La plaque utilisée comme base, se dissipe au fur et à mesure de l’accumulation des couches de silicone.
Lev Khesin, Tuctivit, 2022
Du réalisme visuel
Le résultat final laisse place à la contemplation. Les créations en silicone sont profondes, dynamiques et colorées. Elles font penser à des traces de peinture laissées par un peintre ayant achevé son tableau. Lev Khesin insuffle un effet de fluidité dans ses créations. Elles semblent dégouliner de peinture. Il travaille également sa matière fétiche, à coups de grattoirs et raclettes, pour lui apporter du relief.
Lev Khesin, Natka, 2022
Luxueuses créations
À la fois magnétiques et énigmatiques, les oeuvres de Lev Khesin ont suscité l’intérêt de la maison de luxe Berluti. Elle s’est associée à l’artiste pour sa collection automne-hiver 2021/2022. Il en ressort un vestiaire vibrant de gaieté. Les pièces se caractérisent par des dégradés de couleurs. Les chemises, costumes et vestes sont donc fidèles à la vision artistique de Lev Khesin.
Le Big Bang pigmentaires de Lev Khesin
Le discours artistique de l’artiste est lié à son rapport avec la cosmologie. Ce dernier se renseigne sur les théories scientifiques concernant l’origine de l’univers. Les oeuvres reflètent donc les réflexions de l’artiste sur l’acte de création. D’ailleurs, le processus même de production des oeuvres rappelle les questionnements de l’artiste. En effet, une certaine part de hasard contribue à la naissance de ses oeuvres car le silicone est une matière qu’il faut rapidement travailler avant qu’elle ne sèche.
Lev Khesin, Jugglyro, 2022
Toutes les créations hautes en couleur, mais aussi plus sombres, de Lev Khesin sont à retrouver sur son compte Instagram ! La cosmologie inspire Lev Khesin au même titre que l’artiste Izzy Izvne qui crée des oeuvres impressionnantes de street art en trois dimensions.
Né dans les années 1950 à Washington, Charles Burns est un illustrateur et auteur de bande dessinée. Dans ses œuvres, il propose une critique de l’Amérique profonde et de la nouvelle génération au cœur d’un univers empreint d’étrangeté et de fantastique.
Des projets d’une extraordinaire variété
Charles Burns grandit à Seattle dans les années 1970 et baigne dans un univers artistique depuis son plus jeune âge. C’est à l’issue de sa rencontre avec Art Spiegelman en 1981, qu’il commence à s’intéresser à la bande-dessinée. Ce dernier l’invite à partager son travail dans son magazine d’art Raw, et c’est alors que sa notoriété fleurit. Les illustrations de Charles Burns figurent aussi bien sur des couvertures d’album, telle que celle d’Iggy Pop, que sur des campagnes publicitaires, telles que celle des pastilles mentholées Altoids. L’artiste réalise également des illustrations pour des couvertures de magazines à grand tirage, tels que The New Yorker ou le Time Magazine. En 1992, il conçoit les décors du ballet Casse-Noisette de Tchaïkovski, adapté par Mark Morris en The Hard Nut et présenté à la Brooklyn Academy of Music. En 2003, il est nommé illustrateur officiel des couvertures du magazine The Believer, dès son lancement.
Processus de création
Pour créer, Charles Burns ne peut pas se passer de son crayon et de son morceau de papier. Il explique lors d’une interview pour The Comics Journal avoir besoin de cette qualité tactile de tirer de l’encre sur un morceau de papier. L’ordinateur, il l’utilise uniquement pour numériser et colorier son travail. « Pour moi, le genre de qualité de ligne et le genre de – juste l’idée de m’asseoir à une table avec un morceau de papier est juste quelque chose que je dois faire dans le cadre du fonctionnement de mon cerveau. Les quelques fois où j’ai essayé d’utiliser une tablette pour dessiner, je ne peux tout simplement pas. C’est comme un pas de trop. Je ne peux pas regarder un écran et avoir une certaine idée de ce que je dessine. »
Le fantastique en première ligne
Charles Burns fait le choix de faire évoluer ses personnages au cœur d’une ambiance empreinte de noirceur et de cruauté. Il développe des récits étranges, qui se déroulent dans l’Amérique des années 50 et 60. Dans Détective Story, il met en scène un monde rempli de personnages hybrides à l’animalité troublante. Dans Big Baby, recueil de 4 récits, ce sont les souvenirs d’enfance de Tony alias Big Baby, le protagoniste principal, qui ressurgissent sous un angle fantastique et perturbant. Ainsi, l’auteur illustrateur met en scène des situations fantastiques parsemées d’humour tordu, pour explorer les problèmes sociétaux et la violence ordinaire.
Zoom sur Black Hole
Black Hole résulte d’un travail de longue haleine qui s’étale sur près de dix années. Ce roman graphique est publié en douze volumes, entre 1995 et 2004. Black Hole suit un groupe de jeunes dans la banlieue de Seattle au milieu des années 1970. Ces adolescents contractent une maladie sexuellement transmissible appelée « La crève » (ou « the Bug » en VO), qui engendre des mutations physiques effroyables. Au cœur d’un récit captivant, Charles Burns nous embarque dans une œuvre haletante où le lecteur assiste au premier rang aux états d’âmes et à la psychologie de ces adolescents démunis. L’intégrale de Black Hole remporte de nombreux prix, notamment en 2007 lors du Festival d’Angoulême, où l’œuvre décroche le prix des « Essentiels d’Angoulême ».
Pour suivre les actualités de l’artiste, rendez-vous sur son Instagram
Si l’univers de Charles Burns vous a captivé tout autant que nous, découvrez sans plus attendre celui de l’illustrateur Freak City
Auteur, dessinateur et grand voyageur, Florent Chavouet réalise plusieurs livres de croquis du Japon où il séjourne régulièrement à partir de 2004. Jusqu’au 10 janvier, la Maison de la culture du Japon à Paris lui réserve une exposition au rez-de-chaussée du bâtiment du Quai Branly.
L’exposition, qui a ouvert ses portes le mardi 2 décembre et restera visible jusqu’au 10 janvier 2026, revient sur l’art graphique de l’artiste français qu’il a réalisé depuis 2004 au Japon. À travers son œuvre, la Maison de la culture du Japon propose une visite de pays du Soleil-Levant autrement, entre dessin et humour, loin du choix habituellement fait concernant le pays, entre « tradition et modernité ».
Décrite comme une « promenade graphique au style foisonnant de détails et pleine d’humour », l’exposition montre une trentaine de dessins de Florent Chavouet, à la découverte des « environnements urbains du Japon, vibrants ou paisibles, où la nature s’invite dans des recoins inattendus ». Un aperçu plein d’humour du pays, où les policiers croqués, réalisant tous sauf un travail de policier, amènent des sourires sur les visages des spectateurs. L’artiste arpente ainsi le Japon des villes (Tokyo Sanpo, Touiller le Miso) ou des champs (Manabé Shima), « avance vers l’inconnu, là où ses crayons le portent ». Il fait du rien et de l’anecdotique un art, où une simple banane sur un carton devient un sujet artistique au même titre que les rues d’une ville ou la façade d’une vieille baraque déglinguée, comme il l’écrit lui-même sur l’un des tirages exposés.
De ses dessins, Florent Chavouet crée des livres à mi-chemin entre le carnet de voyage et la bande dessinée où le texte répond à la précision du tracé architectural. Des œuvres à retrouver dans ses différentes publications, souvent primées : Tokyo Sanpo (2009), Manabé Shima (2010, prix Pierre Loti lors du festival d’Angoulême en 2011), puis Petites coupures à Shioguni, couronné par le prix Fauve polar d’Angoulême en 2015, tous publiés aux éditions Picquier. Il coédite aussi avec le musée du Louvre et Futuropolis une reconstitution minutieuse et drôle de la vie quotidienne du prestigieux musée dans L’île Louvre.
Florent Chavouet a une façon bien à lui d’explorer le Japon : entre lieux touristiques et lieux privés, entre regard de passant et regard d’habitué, « il s’arrête là où d’autres ne font que passer, note dans son carnet des mots attrapés à la volée, recherche le muret qui lui offrira le meilleur point de vue pour dessiner un décor bétonné ». Une autre façon de penser le tourisme et la visite d’un pays, d’une région, d’une ville. Une balade urbaine.
Représentant des scènes du quotidien, des lieux, des bâtiments, les travaux de l’artiste revêtent un aspect presque journalistique : ne trace-t-il pas, avec ses crayons, un compte rendu de la vie du pays, la démarche d’un passant ou le reflet d’un néon sur la vitre d’un distributeur de canettes ?
Pour la Maison de la culture du Japon à Paris, il s’agit autant d’un inventaire du pays et de son quotidien – à l’image des missions héliographiques de 1851 en France – que d’une découverte du pays ou d’une façon d’inviter au voyage. Et parce qu’un voyage ne peut se faire sans carte et sans connaissance – même partielle – des lieux, l’artiste expose plusieurs cartes de certains quartiers ou villes du Japon. Y sont notés des lieux touristiques et connus et d’autres, plus secrets, normalement réservés aux locaux.
Finalement, entrer dans l’univers de Florent Chavouet, c’est se laisser « porter par le rythme d’une déambulation, porter un regard émerveillé sur tout ce qui nous entoure, observer toutes les composantes de la ville, où chaque angle de rue devient le berceau d’une histoire et chaque promenade, le début d’un nouveau récit ». Et avec l’artiste, ou comme le fait en photographies Alexey Titarenko, la ville devient une histoire à conter !
ndlr : si vous aimez le travail de Florent Chavouet au japon, vous aimerais celui de Me Kyeoung Lee sur la Corée
Cécile Dormeau, illustratrice française de 37 ans basée à Paris, a un sujet de prédilection : la femme. Mieux : les femmes, dans leur pluralité. Avec un fond de sororité, elle crée des illustrations poignantes et pleines d’humour dans le but d’aider les femmes à s’accepter et de dénoncer les agressions dont elles sont encore trop souvent victimes.
Un succès international
Connue du public pour ses collaborations avec Google, GQ, ou encore la chanteuse Angèle dans son clip « Balance ton quoi », la notoriété de Cécile est déjà bien établie.
Quand on lui demande comment a débuté sa collaboration avec Angèle, elle explique : “L’équipe d’Angèle avait vu mes gifs sur le harcèlement sexuel dans les transports, et je leur ai fait une version sur le harcèlement sexuel au travail, sur le fait de dire ‘non’ à ces agressions, un cri de la part de toutes les femmes.”
Dans cette illustration, Cécile touche à la notion de consentement. Un “Non” puissant vient neutraliser un homme sourd aux refus d’une femme.
Parce que ces sujets sont universels, les illustrations de Cécile voyagent bien au-delà des frontières françaises. Nos voisins anglais, allemands, espagnols et italiens font souvent appel à ses talents.
De nouvelles représentations
Si le corps féminin est encore si scruté, autant en donner une représentation large et plurielle. Dans sa série Women, Cécile donne à voir un monde où les femmes sont libres d’exister telles qu’elles sont, quelles que soient leurs couleurs de peau, leur pilosité ou leur taille. On y célèbre des aspects du corps tout à fait normaux mais encore trop diabolisés, tels que les vergetures ou les rondeurs. Women offre un monde bienveillant, une douce parenthèse pour toutes les femmes du monde.
“J’ai décidé de me lancer dans ces illustrations qui me tenaient à cœur sur la représentation des femmes. Les représenter comme elles sont, avec leurs ‘imperfections’”, confie Cécile.
Elle poursuit : “Ado, quand je piquais le magazine féminin de ma petite sœur, je me comparais aux meufs photoshopées dedans et je me trouvais répugnante. J’ai vraiment voulu tourner en dérision tous ces complexes, toutes ces critiques qu’on peut avoir envers nous-mêmes.”
Des femmes qui s’imposent
Comme Les Nanas de Niki de Saint Phalle, les femmes que Cécile dessine sont belles, colorées et imposantes. Cécile Dormeau dénonce la grossophobie ambiante qui asphyxie nos médias et la société plus largement.
“Dans beaucoup de films, séries, on montre encore tellement souvent les gros comme des personnes moches, incapables de trouver l’amour, que je voulais vraiment montrer une autre image. Montrer que ce sont des personnes comme tout le monde ! Beaucoup de gens m’ont demandé de me justifier en disant ‘Pourquoi tu dessines des grosses ?’ car la normalité, c’est de représenter des gens minces. D’où la nécessité de représenter différents modèles !” confie Cécile.
Dans ses illustrations, Cécile autorise les femmes à prendre plus de place. Si le manspreading est encore toléré, alors il paraît juste qu’elles se sentent légitimes à exister dans l’espace public sans chercher à se réduire, à maigrir ou à se taire. Elle revendique ce droit dans la joie, et ses dessins enrichissent, au passage, notre notion de la beauté.
“J’aimerais que mes illustrations soient comme une sorte de câlin virtuel pour dire aux gens qu’ils ne sont pas seuls à lutter contre leurs problèmes et leur manque de confiance en eux. […] J’espère que ça peut les aider à s’accepter plus facilement, à dédramatiser leur image et à se questionner sur ce que la société attend de nous”, explique Cécile.
L’humour comme outil féministe
Cécile dénonce les agressions sexuelles dans sa série pleine d’ironie au titre explicite Fuck You. Harcèlement de rue, attouchements dans les transports ou commentaires non sollicités sur le physique – elle passe tout au crible.
Les parties du corps touchées, qu’il s’agisse des poitrines ou des fesses, deviennent presque des personnages à part entière. Elles giflent, mordent, se défendent de manière autonome, sans jamais troubler la sérénité de la femme. Efficace ! Ces zones du corps, souvent perçues comme des objets de désir ou de possessivité mal placée, se transforment en véritables armes que les hommes doivent désormais craindre.
Cécile dit : “Rire de ce qui nous fait peur, de ce qui nous fait mal, ou de ce qui nous oppresse est pour moi la meilleure façon de se valoriser, de prendre confiance, et aussi de rendre les gens plus conscients envers certains problèmes.”
Le travail de Cécile Dormeau est coloré, drôle, puissant, et malheureusement encore trop nécessaire. Il contribue, à sa manière, à transformer notre regard sur les corps et sur les femmes.
Retrouvez-la sur son site et sur Instagram. Elle vient aussi de lancer un jeu pour enfants qui s’appelle Beat the Cheetah, publié chez Laurence King au Royaume-Uni.
Originaire de Californie, Robert Hardgrave est un artiste pluridisciplinaire. Depuis plus de 30 ans, il a été nominé, et même finaliste, dans plusieurs concours (prix Neddy de peinture du Cornish College of the Arts, Contemporary Northwest Arts Awards). Ses oeuvres, à la croisée entre l’art abstrait et le surréalisme, ont été exposées dans plusieurs grandes villes américaines et en Espagne (Chicago, Los Angeles, Seattle, NYC, Madrid…).
Avant que l’art ne devienne sa passion, Robert Hardgrave était passionné de skateboard, d’échecs et rêvait de devenir un fabricant de jouets. Lorsqu’il déménage à Seattle au début de sa vingtaine, la plupart des soirées avec ses amis sont consacrées au dessin et aux rêves d’être, un jour, un artiste. Plus son intérêt pour l’art grandit, plus il s’instruit et lit le plus de livres possibles à ce sujet.
Marqué par une performance de collages de Rex Ray dans les années 1990, Robert Hardgrave a intégré le collage dans son travail. Beaucoup de ses oeuvres sont réalisées à partir de collages de bouts de papiers et d’autres matériaux. L’assemblage de papiers entre eux représente pour lui quelque chose d’excitant et de stimulant : il y a toujours quelque chose de nouveau à créer. Même en réutilisant les mêmes papiers, les collages ne seront jamais semblables car il existe une infinité de combinaisons.
Le collage m’a ouvert des horizons. C’est un outil puissant.
L’intuition au centre de ses oeuvres
Aquarelle, peinture, transfert d’acryliques, sculptures, encre de Chine…Robert Hardgrave explore une multitude de techniques et de supports dans son art. Ce qui l’inspire le plus, au delà des échanges avec ses amis, du death metal ou du travail d’autres artistes, c’est la découverte de nouveaux matériaux sur lesquels créer. Très intuitif, l’artiste basé à Seattle s’appuie avant tout sur ce qui l’entoure et à ce qu’il ressent. Après avoir observé comment certains artistes utilisent les matériaux, il se les approprie à sa manière, en y apportant sa touche. C’est un moyen pour lui de se réinventer.
Lorsque tu dessines depuis des années, tu cherches naturellement de nouveaux moyens de te réinventer. Cependant, on ne peut jamais échapper à qui l’on est.
Quand l’art devient un refuge
Son art a longtemps été marqué par sa greffe de rein, issue d’un donneur décédé. À cette époque, ses oeuvres évoquaient la présence d’un être qui continuait à vivre en lui, malgré son absence. Aujourd’hui, il voit l’art comme un journal ou un album qui retrace le fil de sa vie. Alors qu’on cherche souvent le sens de son existence dans des éléments extérieurs, l’art, au contraire, naît de l’intérieur. À travers ses oeuvres, remplie d’élans de spontanéité, Robert Hardgrave trouve un sens à sa vie.
Les oeuvres de Robert Hardgrave sont un mélange entre l’art abstrait et le surréalisme. Il crée des formes et des couleurs qui ne représentent pas directement la réalité, mais qui peuvent évoquer des émotions et des sensations propres à chacun. Chaque spectateur est libre d’interpréter son art à sa manière. Parfois certaines formes s’apparentent à des visages mais sont assemblées à des éléments inattendus, ce qui donne une dimension surréaliste à ses créations.
Dans les rues de Paris ou sur les murs des galeries internationales, un duo d’artistes français transforme notre regard sur les déchets plastiques. Murmure – c’est le nom que se sont donné Paul Ressencourt et Simon Roche – mélange nature et plastique dans des dessins hyperréalistes où le sac poubelle, cet objet si banal, devient le protagoniste d’une tragédie environnementale contemporaine.
Un duo normand qui murmure aux murs depuis 15 ans
Murmure, c’est d’abord l’histoire d’une rencontre. Paul Ressencourt et Simon Roche se croisent en 2006 à l’École Supérieure d’Arts & Médias de Caen. Quatre ans plus tard, en 2010, ils commencent à intervenir ensemble dans l’espace public. Si le duo travaille essentiellement sur papier dans leur atelier, ils impriment généralement leurs œuvres pour les coller sur les murs de nos villes – un projet qu’ils ont baptisé “Murmure street”. Le résultat ? Des peintures murales d’un réalisme troublant qui semblent directement dessinées sur les façades urbaines.
Leur technique artistique est variée : de l’acrylique à la pierre noire, en passant par le crayon à papier. Mais c’est surtout leur méthode collaborative qui intrigue. Comme ils l’expliquaient en 2020 : “Simon avait de très bonnes bases en dessin ; quant à moi (Paul), j’avais plus de facilité dans les compositions. Nous étions complémentaires : c’est ce qui nous permet de collaborer aujourd’hui.” Cette approche à quatre mains leur permet de créer des œuvres d’une complexité technique rare dans le street art contemporain.
“Garbage whale” (2019)
Garb-age : Une série qui fait des vagues
Leur dernier projet, sobrement intitulé “Garb-age”, explore l’impact humain sur l’environnement en mettant en évidence la nature néfaste d’un objet devenu omniprésent : le sac poubelle. À travers des dessins de baleines ou représentant la mer, leurs pièces monochromes illustrent avec une précision chirurgicale l’invasion du plastique noir dans nos océans.
“Garbage whale” (2019), “Garbage tail” (2020), “Soaring”, “The lovers” (2020), “Garbage Ocean”, “Duffel Battle” (2020) – autant d’œuvres qui frappent par leur simplicité apparente et leur profondeur symbolique. Les artistes ont confié à Juxtapoz magazine que ces pièces en noir et blanc étaient conçues pour être “simples, lisibles” – une stratégie délibérée qui met l’accent sur le fil rouge (ou plutôt noir) du sac.
Le duo a notamment déclaré : “L’idée principale était de jouer avec les couleurs d’un sac poubelle noir ordinaire autant que possible. Non seulement pour son attrait dramatique, mais aussi pour la profondeur des nuances et, en quelque sorte, l’élégance de sa texture et sa réaction à la lumière. C’est pourquoi nous utilisons un crayon graphite pour obtenir cette texture.”
“Garbage tail” (2020)
Un projet exposé de Paris à Los Angeles
Les œuvres font partie d’un projet plus large appelé Garb-age – un jeu de mots évoquant l’idée d’une nouvelle ère (“age”) dominée par les déchets (“garbage”). Ce projet a été largement diffusé depuis sa première exposition solo à la Galerie LJ à Paris en mars 2020, en pleine période de confinement. Depuis, la série a voyagé à travers le monde : Los Angeles (“Anthropologic” à Avenue des Arts, 2021), Tokyo (Kawamatsu Gallery, 2023), Rome (Exclusive Urban Art, 2023), et plus récemment à Grande-Synthe avec l’exposition “Saturation” (mars-avril 2024).
Le projet s’inscrit parfaitement dans le contexte actuel du street art français, où des artistes comme C215, Invader ou JR ont ouvert la voie à une reconnaissance institutionnelle. Murmure représente cette nouvelle génération d’artistes urbains qui oscillent entre la rue et la galerie, entre l’intervention sauvage et l’exposition muséale.
“Soaring”
Des chiffres qui donnent le vertige
L’urgence du message de Murmure prend tout son sens quand on sait que 11 à 23 millions de tonnes de plastique entrent dans les océans chaque année. Plus troublant encore : les baleines bleues consomment quotidiennement jusqu’à 10 millions de morceaux de microplastiques – soit environ 43 kilos. En Méditerranée, près des côtes françaises, on compte des centaines de morceaux de plastique par kilomètre carré, et la France déverse 11 200 tonnes de plastique dans cette mer chaque année.
Le duo affirme : “Pour nous, Garb-age est un projet significatif qui nous permet de sensibiliser à d’importantes questions environnementales.” Chaque pièce est, d’après leurs mots, “une image puissante reflétant les choix auxquels tout le monde est confronté quotidiennement, entre notre connaissance des enjeux et ce que nous pouvons y faire – mais ne faisons pas.”
“The lovers” (2020)
“Garbage Ocean”
“Duffel Battle” (2020) dans un style qui ressemble à celui du street artist Banksy
L’art comme miroir de nos contradictions
Des images à la fois intrigantes et fascinantes qui nous amènent à réfléchir sur nos habitudes et notre relation avec la nature. C’est là toute la force de Murmure : transformer un objet du quotidien en symbole de notre époque, faire du banal quelque chose d’extraordinaire – ou plutôt d’extraordinairement inquiétant.
Leur travail s’inscrit dans un mouvement plus large d’artistes contemporains qui utilisent leur art pour alerter sur la crise environnementale. Mais contrairement à d’autres qui utilisent des déchets recyclés comme matière première, Murmure choisit de les sublimer par le dessin, créant une distance poétique qui rend le message d’autant plus percutant. C’est cette “élégance” dans le traitement d’un sujet grave qui fait la singularité de leur approche.
Le sac poubelle devient baleine. La baleine devient sac poubelle. Dans cette confusion des formes, Murmure nous tend un miroir où se reflètent nos propres contradictions. Parce qu’au fond, nous savons tous ce qu’il faudrait faire. Mais entre savoir et agir, il y a cet espace – celui-là même qu’investissent les artistes. Un espace de réflexion, certes, mais surtout un appel à l’action. Avant qu’il ne soit vraiment trop tard.
Harriet Lee-Merrion est née à Sheffield, en Angleterre. Elle poursuit ses études à l’Université de Falmouth qu’elle terminera en 2013. Sa carrière démarrera à Bristol, lieu où elle réside. Après une année à travailler depuis sa chambre qui finit par brider son imaginaire, elle décide de rejoindre un studio de type « workshop » à Hamilton House à Stokes Croft ou elle partagera un espace immense avec environ 20 autres illustrateurs, dont beaucoup sont d’anciens étudiants de Falmouth.
La dame du loch
L’exploratrice du renouveau
L’illustration est pour Harriet comme un outil d’exploration des sujets qui intéressent l’artiste. Après sa lecture de « After Dark », un roman écrit par Haruki Murakami, elle utilise la perspective isométrique nettement influé par les représentations japonaises de la période Edo. Influencée par son amour pour les enluminures, des dessins et gravures teintés d’âge, elle fera usage pour certaines de ses œuvres illustrées de papier décoloré.
Arper
La maitrise de l’art
La motricité et la trajectoire effectuée par sa main, celle qui tient le stylo tandis qu’elle dessine, se montre d’une immense précision dans ses différentes créations. Son trait est plus que maitrisé et reflète exactement l’idée et le but qu’elle vise lors de la composition. Lorsqu’elle peint, elle applique la matière avec une grande subtilité. L’usage d’un papier blanc cassé offre une toile de fond cohérente à toutes ses œuvres. Les lignes épurées et les teintes de couleurs qu’elle utilise sont évidentes, c’est d’ailleurs ce qui rend ses productions si intéressantes. Elles s’analysent différemment, mais surtout chacune d’elle reflète la complexité que la jeune femme impose à ses créations qui deviennent captivantes.
Détendez-vous l’esprit
Engagement pour la cause
En 2020, Harriet Lee-Merrion s’associera à d’autres artistes, mettra à profit ses talents, sortira ses crayons et posera un regard positif sur le manque de diversité au sein de la communauté des illustrateurs présentés dans les médias. L’engagement de l’art au service de cette noble cause qu’elle défendra à coup de stylos et de peintures.
New York Times
La femme douce et calme
En 2017, l’artiste entamera un travail assez complexe autour de la femme qui existe et vie à travers différentes créations déjà exécutées auparavant. Cependant, ce projet est bien différent. Et même si la femme détient une place non négligeable, elle ne sera pas forcément l’outil central de cette expression. En effet, Harriet réalisera une série de planches oniriques, émotionnelles en lien avec l’horoscope pour « Marie-Claire ». Chacune de ses illustrations sera basée sur des citations réfléchies et philosophiques. Étudiées les unes après les autres, on sent combien le travail est appliqué, car l’artiste restera attentive du moindre détail qui sublimera ses créations.
Marie Claire
Un petit monde qu’elle façonne
Il était ensuite évident pour Harriet d’exposer ses travaux via les plateformes de médias sociaux. C’est ainsi que plusieurs articles lui seront consacrés dans des magazines en ligne tels que « C’est bien ça » et « Juxtapoz » et qu’elle recevra ses premières commandes. Pour chaque nouveau dessin, elle réfléchit pour concevoir une image qui existerait en tant qu’œuvre d’art en dehors du contexte original dans lequel elle a été créée.
New Yorkais
Une grande passionnée
Harriet Lee Merrion est une vraie passionnée et s’entoure des meilleurs. La nature est stimulante pour son art. Elle illustrera également des ouvrages pour la British Library « Discovering Literature Series » sur le travail des écrivains Sylvia Plath, Virginia Woolfe et Angela Carter.Son. Une activité récompensée par plusieurs prix prestigieux. Elle sera publiée dans le « New York Times », le « Washington Post » et le « Guardian ». Ses différentes réalisations seront exposées à New York, Londres, et Berlin. Harriet Lee-Merrion a su créer son propre emploi et ainsi trouver son public comme le lui avait conseillé autrefois son mentor à Falmouth.
Illustratrice, graphiste et Motion Designer indépendante, Typru nous plonge dans un univers coloré et dynamique sous diverses formes. Focus sur son travail à travers ses illustrations, typographies et images en mouvement.
De son vrai nom Prunelle Chappert, Typru est une artiste indépendante basée à Ericeira au Portugal. Après une prépa Arts graphiques, elle s’est formée à la prestigieuse école des Gobelins à Paris, avec un cursus en Design graphique, puis en Graphisme Motion Designer en apprentissage. À l’issue de sa formation, la jeune femme se lance en Freelance pour partager sa créativité.
Un art engagé
La vivacité de Typru s’est démontrée en 2021 à travers de multiples projets, qui sont eux-mêmes imprégnés d’un fort engagement. Dans le cadre du programme Ocean Decade, l’Agence océanique a développé une gamme de boîtes à outils en collaboration avec l’UNESCO, le PNUE, Adobe et 11th Hour Racing. C’est Typru qui s’est chargée de l’infographie Instagram. Elle a réalisé une série de sept informations que tout le monde devrait avoir à l’esprit sur les écosystèmes des océans, afin d’aider à sensibiliser et à inspirer l’action.
Dans la même lignée, Typru a contribué à l’exposition de la Décennie des Nations Unies en 2021. Afin de transformer l’image de la science et de la conservation des océans, l’Agence océanique lance à Paris, au siège de l’UNESCO, l’exposition de la décennie des océans. Rassemblant près de cent affiches créées par des artistes, cette exposition open-source gratuite a pour but de sensibiliser et d’inspirer l’action au cours de cette décennie charnière.
Enfin, à l’aéroport de Pékin, en Chine, une exposition interactive voit le jour à l’initiative de PNUE et de The Ocean Agency en 2020. Elle vise à inspirer une action internationale pour la protection efficace des récifs coralliens. Typru y a contribué, en célébrant la biodiversité des récifs coralliens et en soulignant leur importance fondamentale pour la vie océanique et pour un milliard de personnes dans le monde.
Des supports variés
À l’occasion de la Fête des Lumières à Lyon en 2018, Typru a été sélectionnée parmi 11 jeunes artistes afin de créer une courte projection vidéo. Elle y a présenté le tableau spectaculaire CIRCUS OF LIGHTS, un spectacle son et lumières à couper le souffle.
« Rassemblez-vous, rassemblez-vous, Mesdames et Messieurs ! Venez admirer l’arrivée de l’incroyable CIRCUS OF LIGHTS, qui vous transportera dans un spectacle éblouissant !… »
Mais ce n’est pas l’unique show son et lumières que la jeune femme a pu réaliser. En 2020, dans le cadre du Sarjah Light Festival (SLF), Typru a pu collaborer avec Saki Chemaï pour proposer deux spectacles de dix minutes, mettant en scène une fusion de styles traditionnels et modernes, « un mélange entre les époques et les conceptions formant finalement la culture actuelle de l’émirat de Sharjah. »
Une créativité sans faille qui hisse l’artiste sous le feu des projecteurs
Mais l’univers de Typru a su envouter d’autres projets. Plusieurs initiatives de l’artiste se distinguent, de par leur capacité à éveiller les sens du plus grand nombre. « Je m’intéresse à la visualisation des émotions autour du rêve, des milieux surréalistes et merveilleux à travers le mouvement, la lumière et les nouvelles technologies. », affirme la Motion Designer dans une interview pour Cimer Média.
C’est pour cette raison que le Le Gaou Festival, qui célèbre le redémarrage de la musique en direct dans le ville de Six-Fours-Les-Plages, fait appel aux talents de Typru pour créer l’œuvre d’art et l’identité visuelle de l’événement. Cinq soirées de concert sont organisées entre les ruisseaux et les forêts de pins, un endroit idyllique qui correspond entièrement à l’univers créatif de notre artiste.
Dans un esprit enivrant similaire, Typru a pu réaliser une œuvre d’art à l’effigie de la marque FAUVE BIÈRE. Une nouvelle bière rafraîchissante, fruitée, qui incarne parfaitement l’essence de l’été, et coïncide avec l’univers tropical et coloré de l’artiste. Pour créer cette représentation artistique, Typru a travaillé les textures une à une à l’aide de « pinceaux faits avec de la peinture acrylique et recomposés pour donner une combinaison parfaite de couleurs et une composition estivale comme une salade de fruits »
Le talent et la créativité sans faille de Typru lui permettent d’apporter une dimension artistique et audacieuse à un grand nombre de publicités, pour des événements ou des marques reconnues mondialement. Ce lundi 19 juin est sortie la campagne publicitaire Desperados« Mix Of Flavors ». Entourée d’un crew de huit artistes émergents aux talents et expériences variés, Typru a pu contribuer aux visuels de cette campagne colorée et éclatante.
Pour en découvrir plus sur le monde artistique de Typru, rendez-vous sur son site internet. Si vous avez apprécié le dynamisme de son univers, Léandro Alzate devrait vous séduire avec ses illustrations colorées et texturées.
L’année 2025 se présente comme une année charnière pour le monde de l’art. Si l’année précédente avait souligné la croissance de l’art numérique, en 2025 met une certaine limite. Une envie de retrouver plus d’humanité, plus d’émotion. Tout en gardant un impact visuel sur des supports numériques.
Un des axes forts de cette année, c’est l’inclusion de ces nouveaux supports avec la confrontation entre innovation et tradition. Des artistes mélangent des techniques classiques (aquarelle, peinture, encre) et les technologies numériques créant des œuvres visuellement fortes.
Aujourd’hui, retour sur différents artistes abordés tout au long de cette année 2025, avec une sélection des 10 meilleurs illustrateurs de 2025
Bottlingsunshine Raconter avec lumière et couleur
Bottlingsunshine, Jasmyn Arnold de son vrai nom, est une artiste américaine indépendante. Elle utilise les formats digitaux pour exprimer son art. Son univers se distingue par des émotions brutes. Elle met en scène des personnages féminins caricaturaux, souvent blessée ou en pleurs. Elle cherche à montrer la vulnérabilité et les luttes intérieur. Son esthétique aux couleurs chaudes et pastels associés à des figures enfantines. Inspiration venant du pop art et de l’art japonais, crée un contraste puissant entre douceur et dystopie. À travers ces œuvres, Jasmyn invite le questionnement sur des thématiques engagées comme la condition des femmes et la souffrance social.
Bill Mudron : Quand la pop rencontre le traditionnelle
Bill Mudron est un artiste illustrateur et cartooniste américain. Il est un grand fan de jeu vidéo, de la pop culture et des esthétique historique avec les estampes japonaises. Créant des compositions originales et sortant de l’ordinaire. Bill met l’accent sur les paysages, l’architecture et l’ambiance des mondes imaginaires. Il place les personnages au second plan pour mettre en avant la richesse des environnements.
Emmanuelle Valleran : Entre femme et félin
Emmanuelle Valleran est une illustratrice française et professeur de design et métiers d’arts. Son univers artistique s’enroule autour des figures animales et de liens symboliques qu’unissent humains et animaux. Elle utilise souvent le cheval et les félins dans ces œuvres comme le symbole de la puissance, du mystère et de l’instinct. Elle tisse le lien et explore les relations entre la femme et le monde sauvage. Son travail au crayon de couleurs est un alliage d’une grande minutie et de technique. Créant des ambiances vibrantes suspendant le regard entre réalité et imaginaire.
Sara Khan : Exploratrice de l’identité et de l’imaginaire
Sara Khan est une artiste-peintre d’origine pakistanaise, travaillant aujourd’hui à Vancouver, elle crée des peintures tirant son inspiration de sa vie personnelle et de son observation. Des compositions aux couleurs douces et riches, souvent réalisées à l’aquarelle, révélant une beauté insoupçonnée jusque dans les moments les plus banals. Une exploration des perceptions, questionnant notre perception sur l’identité, la normalité et l’humain dans un aspect plus global.
Marie Casaÿs : Briser les tabous et faire parler les corps
Marie Casaÿs se distingue pour son art confrontant les tabous de chacun. Illustratrice parisienne, elle expose l’intimité et la sensualité avec une énergie visuelle vibrante. Avec ces crayons de couleurs, elle compose des scènes où les corps se déploient librement. Elle cherche à mettre en avant la réalité des relations intimes de tous les genres et orientations. Les couleurs, franches et lumineuses, jouent un rôle central dans son langage visuel. Marie est une artiste engagée traitant de sujet controversée. Elle montre son implication sur les questions environnementales dans une collaboration avec Atelier Gabrielle. Cette jeune artiste au style reconnaissable et singulier réinvente le nu sans tabou. Marie Casaÿs renouvelle la manière dont le corps et l’intimité sont représentés aujourd’hui.
Choodraws : La pop culture au service de la narration
Illustrateur.rice australien.ne basé.e à Melbourne, Choodraws propose une vision unique où se rencontrent couleurs vives, narration implicite et influences du pop art et des bandes dessinées rétro. Iel s’est fait connaître sur ses réseaux sociaux, notamment Instagram, où iel partage des illustrations digitales reconnaissables entre toutes par leur énergie et leur style distinctif. Une signature récurrente dans son travail avec l’intégration d’éléments symboliques, comme les fruits et les fleurs, ouvrant la porte à des interprétations personnelles du spectateur. Son usage audacieux des palettes saturées et des lignes nettes crée une esthétique immersive, tout en reflétant une maîtrise du médium digital qui parle autant aux amateurs d’illustration qu’à ceux de culture visuelle contemporaine.
Peintre contemporain basé à Los Angeles, Pedro Pedro transforme les objets du quotidien en véritables explosions de couleurs, de forme et de sens. Ces toiles ressemblent à des natures mortes réinventées, débordantes de fruits, de mets, de vêtements et d’éléments du quotidien. Il s’inspire autant des traditions classiques de la nature morte que de l’ironie du pop art et de la fantaisie. Donnant des compositions capturant la tension entre l’ordre et le chaos.
Figure majeure du pop art contemporain et du street art, Ron English est un artiste américain né en 1959. Pionnier du mouvement qu’il appelle “Popaganda”, il mêle avec humour et provocation l’imagerie des marques, des figures politiques, des bandes dessinées, créant des visuels reconnaissable entre tous. Dans les années 80, English se fait connaître pour ses interventions de culture jamming. Il détourne et les panneaux publicitaires pour en révéler les mécanismes de persuasion, transformant des mascottes célèbres en figures satiriques. C’est au Texas qu’il sera même menacé d’être emprisonné. Avec son image unique, il revendique son appartenance à la mouvance comme des pirates médiatiques. Ron English est une figure incontournable tournant au ridicule et de manière humoristique.
Artiste américain basé à Pittsburgh, Andy Kehoe est un créateur d’univers visuels mystiques, oniriques et profondément narratifs. Diplômé de la Parsons School of Design à New York, il a développé un style particulier où la peinture se mêle à l’imaginaire. Il peint une nature presque vivante habitée par des créatures étranges et fascinante. Très connus pour ces tableaux fantastiques peuplés d’être chimériques mi-homme mi-animaux. Ces personnages évoluent dans une dans des forêts mystérieuses dans une atmosphère mystique. Techniquement, l’artiste combine huile, acrylique, résine et parfois des éléments sculptés. Ces pièces évoquent une poésie silencieuse, où chaque créature, paysage ou ciel étoilé semble être le point d’entrée d’un monde parallèle riche en symboles. Par ses univers à la fois enchanteurs et troublants, Andy Kehoe invite à une contemplation de la nature.
Artiste contemporain américain né en 1976 à Boston, Scott Listfield est surtout connu pour ses peintures énigmatiques, il met en scène un astronaute solitaire explorant des paysages saturés de culture populaire et de symboles contemporains. Ses œuvres, principalement réalisées à l’huile sur toile, il associe des éléments réalistes paysages, logos, enseignes, architectures à des touches surréalistes, peuplées de dinosaures ou de références culturelles venant de la pop. Dans ces compositions, l’astronaute agit comme symbole de curiosité, de solitude et de réflexion sur ce qui l’entoure. Ces images explorent subtilement les paradoxes de notre époque, une vision du présent oscillant entre progrès, absurdité et inquiétude.
Jusqu’au 9 mars 2026, le musée Guimet met le manga, cet art japonais souvent perçu comme grand public voire industriel, à l’honneur. L’occasion de revenir sur l’histoire de ce médium qui connaît un intérêt croissant en France.
Exposition Manga. Tout un art!, Musée Guimet @musée Guimet photo Dmitry Kostyukov
« Avec Manga. Tout un art !, le musée Guimet met à l’honneur l’époustouflante créativité de ce mode d’expression longtemps considéré, superficiellement, comme un objet de consommation plus commercial que culturel. L’exposition n’efface pas ce premier aspect, bien sûr très présent et qui a soutenu la diffusion à grande échelle de ces œuvres au Japon comme à l’international, mais elle s’attache également à réinscrire le manga dans une histoire complexe, non seulement sociale et économique, mais aussi culturelle et artistique », explique Yannick Lintz, présidente du musée Guimet.
Si le manga est un style littéraire qui se développe au Japon dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, il est faux de considérer qu’il s’agit là d’une pure nouveauté. En effet, l’histoire culturelle du Japon ayant permis l’apparition de ce médium est longue et prend ses racines dans le passé de la contrée du soleil levant.
« En rapprochant les mangas les plus contemporains d’œuvres majeures de l’art japonais ancien, en mettant en regard des statues bouddhiques et des planches originales de manga, des estampes patrimoniales et des publications récentes, en montrant le lien des mangas avec le théâtre, les croyances populaires ou la littérature, l’exposition nous invite à revisiter notre perception de la “bande dessinée japonaise” et à poser sur elle un regard esthétique nouveau », continue Yannick Lintz.
Le musée Guimet souhaite ainsi rendre justice à la richesse de l’histoire et du patrimoine nippon, avec une exposition conçue pour se déployer dans les différents espaces de l’établissement : rez-de-jardin, premier et deuxième étage. Une bibliothèque, au premier, permet de découvrir les plaisirs de la lecture des Kodomo (pour les jeunes jusqu’à 11 ans), des shōnen et shōjo (pour les préados et adolescentes, l’un destiné à un public masculin, le second plus féminin), des seinen (pour les adolescents et les jeunes adultes jusqu’à 30 ans), des josei (pour les jeunes femmes) et des seijin (réservé aux adultes).
Dans son communiqué et au sein de l’exposition, le musée explique que les mangas sont « nés de la rencontre entre le Japon et l’Occident au cours de la période qui s’étend des années 1850 aux années 1920. Le pays s’ouvre aux échanges internationaux après deux siècles de fermeture relative et adopte volontairement la culture occidentale. Les premiers jalons sont posés avec l’introduction de la presse satirique qui se développe alors en Europe puis aux États-Unis depuis le milieu du 19ᵉ siècle ».
Deux étrangers, l’Anglais Charles Wirgman (1832-1891) et le Français Georges Bigot (1860-1927), vont tour à tour lancer The Japan Punch et Tôbaé. Il s’agit des premiers périodiques de l’archipel nippon. « Apprentis ninjas, sabreurs d’élite, démons grimaçants, collégiennes magiciennes, lycéens intrépides, robots géants ou créatures fantastiques, les personnages de manga » font alors irruption dans la culture japonaise, fruits des échanges avec le monde occidental, et se développe dans l’immédiat après-guerre avec Tezuka Osamu (1928-1989) et Astro Boy, son robot futuriste.
Aujourd’hui, des millions d’exemplaires sont vendus chaque année dans le monde ainsi que leurs multiples déclinaisons : animes, jeux vidéo et autres produits dérivés. Rien qu’en France, Paris Manga & Sci-Fi Show attire chaque année près de 55 000 visiteurs, quand la Japan Expo en draine jusqu’à 250 000 sur quatre jours à chaque édition.
Si l’impact de l’Occident est indéniable, le musée Guimet montre aussi la relation entre mangas et tradition artistique japonaise : « la créativité des mangakas puise volontiers dans les œuvres de l’époque d’Edo (1603-1868) pour inventer des histoires captivantes et donner vie à leurs personnages, parfois avec sérieux, souvent avec humour ».
Ainsi de Naruto, jeune ninja qui donne son nom à l’œuvre, qui mobilise son énergie à l’aide de mudrā, des gestes rituels à l’origine bouddhique, et porte scellé dans son corps un renard à neuf queues dont l’ère Edo était friande ; ainsi de Demon Slayerqui s’inspire du Japon des années 1910 et aborde des thèmes en résonance avec le théâtre traditionnel (nō) : la mémoire, la filiation, la capacité à éprouver de la compassion pour ceux que la douleur a rendus monstrueux ; ainsi aussi One Piece, dont l’arc narratif du Pays des Wa est truffé de références au Japon : le territoire fermé aux étrangers rappelle l’époque d’Edo, marquée par l’isolement. Les samouraïs y incarnent l’honneur, la résistance et le sacrifice, tandis que les membres de l’équipage de pirates deviennent les alliés d’une lutte de libération. Et il n’agit ici que de trois titres parmi la foison publiée chaque année.
« Bien avant la fin du 19e siècle, la société japonaise a donné naissance à des œuvres graphiques dont certaines caractéristiques pourraient être qualifiées de “mangaesques” », précise le musée. Et celui-ci de citer : des intrications de mots et d’images pour raconter des histoires, un talent pour traduire le mouvement des personnages ou des phénomènes naturels, un goût pour les scènes de combats et de compétition ainsi que pour le fantastique et les créatures aux pouvoirs fabuleux, une omniprésence de l’humour, des bulles pour figurer les rêves. Chacun de ses éléments est expliqué et explicité dans l’exposition.
Katsushika Hokusai est l’un des plus grands artistes japonais de l’époque d’Edo. Peintre et surtout maître de l’ukiyo-e (estampes sur bois), il est mondialement célèbre pour La Grande Vague de Kanagawa, symbole universel de la tension entre la fragilité de la condition humaine et l’éternité du mont Fuji. Il réalise cette œuvre entre 1830 et 1832, pour la série des Trente-six vues du mont Fuji.
« Par la netteté de ses contours et la lisibilité de ses plans, La Grande Vague préfigure l’esthétique de la bande dessinée et de la ligne claire dans une filiation qui mène de Christophe (La Famille Fenouillard, 1889) à Pinchon (Bécassine, 1904), George McManus (La Famille Illico, 1911) et Hergé (Tintin) ». Il publie entre 1814 et 1878 des recueils intitulés Hokusai Manga, où le terme désigne ici des « dessins spontanés », des « esquisses » ; il popularise alors le terme dans sa signification première.
Il faut attendre le 20e siècle pour voir La Grande Vague s’affirmer comme une icône visuelle mondiale : elle est citée par Hergé dès 1932 dansLes Cigares du pharaon, elle se retrouve chez Jacques Martin dans Alix : L’Île maudite (1957) et David Etien dans Thorgal (2025) ; elle figure encore sur la couverture de la biographie d’Hokusai par Ishinomori Shōtarō (1987), dans le film d’Isao Takahata, Mes voisins les Yamada (1999) et chez Eiichirō Oda et son One Piece (2018). Tous rejouent le même motif : « le péril du naufrage, l’homme face aux forces du monde ».